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Anëlielle

Anëlielle
Nouvel écrivain

Classé dans Essai
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Date de création :
le 8 janvier 2017, à 11:53

Dernière validation :
le 28 février 2018, à 23:55

Les fragments du paradis

Ses pensées sont brouillonnes, confuses. Tout semble disparaître autour de lui, à l'image du temps qui file. Parfois il se réveille en sursaut parce qu'il ne sait plus où il est. Mais une chose est certaine, il n'oubliera pas qui il est. Tout cela est gravé au plus profond de son être.

Il n'oubliera pas son enfance, en somme banale mais imprégnée par la bienveillance de ses parents. Eux qui l'ont accompagné durant ce long apprentissage qu'est la vie, eux qui l'ont sévèrement réprimandé quand il revenait des bois couvert de terre, eux qui lui ont offert son bonbon préféré quand il obtenait des bonnes notes.

Il n'oubliera pas sa sœur, sa petite perle, aussi mignonne que féroce, n'hésitant pas à prendre part aux petits combats de récréation. Elle avait imposé le respect parmi bien des classes. Friponne intenable, elle trouvait toujours le moyen d'escalader les cerisiers de la voisine pour en dérober les beaux fruits rouges pleins de jus. Oh, il y avait bien des disputes entre elle et son frère, à cause de leurs caractères si opposés. Mais jamais ils n'ont cessé de se chérir.

Il n'oubliera pas le long et douloureux passage de l'adolescence à l'âge adulte. Le corps change, grandit, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. Il n'était pas évident de gérer cette période pleine de découvertes et de tristesse. Le sentiment d'appartenance à un groupe comptait beaucoup, voire trop. Ce n'était pas pour lui. Les moqueries volaient, discrètes et assassines. Mais il ne crachera pas sur cette période qui lui a permis de s'endurcir et d'apprendre à encaisser.

Il n'oubliera pas ses années d'études teintées d'incertitudes et d'un sentiment de supériorité absolue. Beuveries monumentales et désir de tout laisser tomber se côtoyaient perpétuellement. Il était trop jeune, trop inspiré, trop impétueux pour s'enfermer sur un unique sujet. Mais il dut se rendre à l'évidence qu'il n'était pas un surhomme. C'était décidé. Il serait horloger.

Il n'oubliera pas ses années de dur labeur, associé à la femme de sa vie qu'il avait rencontré durant ses études. Si le destin tisse de sa main implacable les lignes de vie, nul ne doute qu'il avait relié celles de ces deux amoureux. Elle était une flamme, un volcan de passion et d'intelligence, aux idées en ébullition constante. Elle le complétait, le poussait à se dépasser, tandis que lui la tempérait quand les choses devenaient trop complexes. Cette harmonie leur a permis de construire un commerce florissant et une vie amoureuse trépidante du début à la fin. Quand la vieillesse a pointé le bout de son nez, ils ont su se renouveler et profiter d'une retraite bien méritée.

Pourquoi angoisser maintenant ? Après une vie complète et ma foi plutôt heureuse, l'heure du repos éternel approchait. De surcroît, la mort venait à lui comme une vieille amie. Aucune maladie ne le rongeait. Il s'abandonnait progressivement dans ses bras, en douceur.
Était-ce l'absence d'enfants pour continuer le cycle et perpétrer son héritage ? Non. Jamais lui et sa tendre épouse n'avaient désiré en avoir un. Il était déjà bien assez difficile de s'occuper de soi-même.
Dans un battement de cils, il réalisa qu'il aurait voulu accomplir davantage de choses. Rencontrer d'autres personnes. Aimer des hommes, des femmes. Suivre d'autres études. Parcourir d'autres pays. Explorer cette kyrielle de voies qui s'offraient à lui mais auxquelles il a du renoncer parce qu'il n'avait tout simplement pas le temps. C'était frustrant. S'il avait construit quelque chose d'aussi beau, qu'est-ce que ça aurait donné s'il avait mené une autre vie ? Impossible de le savoir. Cela aurait pu être sublime comme totalement pourri. Non. Il faut se satisfaire de tout ce qu'on a pu accomplir et ne jamais regretter.

Un léger sourire se figea sur ses lèvres alors que les battements de son cœur se faisaient plus lointains. Il n'allait pas avoir peur. Tout était juste, tout était parfait. Et surtout, tous ces fragments de bonheur profiteront à quelqu'un d'autre. Et ainsi de suite.

Commentaires
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Quelqun, le 21 mai 2018, à 14:29 :

Très beau


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