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Aluco

Aluco
Nouvel écrivain

Classé dans Nouvelle
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Date de création :
le 25 novembre 2016, à 17:52

Dernière validation :
le 18 avril 2017, à 19:30

Le silence des morts

- Bon, et si on s’arrêtait ? proposa Bormis. La nuit commence à tomber, j’ai mal aux pieds, j’ai mal aux jambes, je suis crevé et Allduria est à des jours de marche d’ici.

Faolin le regarda d’un air sévère, comme pour lui rappeler qui commandait.

- Nous ne sommes pas chez les Armuriers, les terres humaines sont bien trop dangereuses pour dormir en pleine nature.
- T’as peur des loups ?
- J’ai peur de la vermine en général, quand je dors. Tu devrais te rappeler comment est mort ton père.

Le jeune elfe sentit le sang lui monter aux tempes.

- Ne parle pas de mon père ! Il a fait commerce avec des humains toute sa vie, et c’est ce qui nous permettait de manger à notre faim, moi et mes sœurs.
- Avant de se faire tuer par un humain.
- Un brigand humain.
- Pareil.
- J’imagine qu’il n’y a aucun équivalent chez les Elfes Armuriers ! Vous êtes si parfaits n’est-ce pas ? intervint Ghiramm.

L’Elfe Noir faisait route avec eux depuis qu’ils étaient partis de Corriguh, un petit village humain, quelques heures plus tôt.

- Parfaits ? Sans doute pas. Civilisés, au moins.

L’allusion aux origines sylvestres de Ghiramm était on ne pouvait plus claire. Celui-ci ne modifia pas son allure, mais un aigle royal surgit soudain et s’attaqua à Faolin, qui, après avoir pris quelques coups de bec, lui envoya un coup de bouclier si violent que l’oiseau retomba au sol une dizaine de pas plus loin, inerte.

- Je suis sûr que tu peux mieux faire, dit l’Armurier.
- Et moi je suis sûr qu’on peut arrêter de se battre pour des conneries, dit Bormis. On a un objectif à atteindre, je vous rappelle.

Le trajet se poursuivit sans que personne ne prononce le moindre mot, mais la tension restait palpable. Un village à peine plus grand que Corriguh fut bientôt en vue.

- Aucune chance qu’on trouve une auberge ici, déplora Ghiramm.
- Nous n’avons qu’à faire des tours de garde, décida Faolin, il fera bientôt trop noir pour continuer, de toutes façons.

Soulagé, Bormis sortit la couverture de son sac à dos et s’allongea dessus. Faolin s’assit en tailleur pour méditer tandis que Ghiramm allait chercher du bois pour le feu. Il revint avec quelques bûches et un tas de bâtonnets qu’il disposa pour les allumer. Il trouva de l’herbe plus ou moins sèche qu’il tenta d’enflammer en faisant tourner un bois entre ses mains.

- Laisse-moi faire, dit Bormis.

Il se leva, s’approcha du futur feu, tendit la main et en fit sortir une gerbe de flammes qui embrasa les bûches.

- Ah ouais, c’est plus simple comme ça.

Ils mangèrent un peu de pain et Ghiramm fit cuire quelques carottes qu’il avait emportées (ainsi qu’une marmite et de l’herbe aromatique, l’ordre de ses priorités quand à quoi emporter quand on est poursuivi par le royaume le plus puissant au monde était assez étrange). Puis ils s’endormirent.
Faolin prit le premier tour de garde, mais ne se permit ensuite de dormir que lorsque Bormis prit lui-même son tour. Celui-ci passa les deux dernières heures de la nuit à repenser à sa jeunesse, à sa famille, à sa mère qui était sans cesse malade, obligeant son père à travailler sans arrêt pour payer leur éducation et leur nourriture. Il ne voyait son père que quelques fois par ans. Quand il était mort, il s’était juré qu’une fois grand il le vengerait. C’est pour cela qu’il était devenu Chasseur… Et à présent il était un traitre aux yeux de sa souveraine, et il en resterait un tant qu’il n’aurait pas prouvé l’existence du complot dans lequel le capitaine Alexdris était engagé.

Il était ainsi perdu dans ses pensées quand les premières lueurs de l’aube apparurent. « Pas la peine de les réveiller maintenant, se dit-il. Nous avons une longue journée de marche devant nous. » C’est alors qu’il le vit. Un homme, un humain, qui … faisait ses besoins sans remarquer la présence des elfes. Soudain un autre homme, de noir vêtu, surgit d’un bosquet derrière et lui trancha la gorge avant qu’il ne se rendit compte de ce qui lui arrivait. Le meurtrier ramassa calmement la bourse accrochée à la ceinture de sa victime et semblait repartir lorsqu’un hurlement retentit.

L’homme se retourna vers Bormis, qui hurlait et courait sa direction. L’assassin ressortit son couteau et attendit simplement l’elfe. Celui-ci, pris d’une rage folle qu’il croyait éteinte depuis des années, de cette folie qu’il avait gardée secrète depuis qu’elle l’avait quittée, fit apparaitre une gigantesque langue de flammes qui brûla vif l’humain.

L’humain mourut. La mort prit Bormis. Bormis se tut. Le silence s’installa.

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Si tout cela ne vous semble pas clair, laissez-moi vous éclairer. Tout d’abord je me présente : je suis Cyrlon. Ceci s’est passé il y a fort longtemps. Pour tout vous dire, j’aurais été bien incapable d’écrire ces lignes, ou même d’écrire quoi que ce soit à l’époque.

Je me suis levé un matin, comme tous les autres matins, pour aller chercher quelques œufs chez les quelques poules que nous possédions, moi et ma famille. Et comme tous les autres matins, je ne le fis pas de bon cœur. Le rêve dont j’avais été tiré par les premières lueurs était si agréable… des chevaliers, des nains, une gemme gardée par un griffon… Le genre d’aventure dont j’avais toujours rêvé. Tout petit déjà, ma mère me racontait ce genre de contes, où un prince ou un guerrier devait aller récupérer un objet magique ou sauver une jeune fille en détresse. Des chevaliers, des princes, des héros… Aucune place dans ce genre d’aventures pour un paysan dans mon genre.
J’ai ramassé mes œufs, les ai mis dans mon panier et suis reparti vers la chaumière. Comme tous les autres matins … et pour la dernière fois de ma vie.

Car c’est à ce moment précis que j’ai vu un inconnu passer près de chez moi. Aucun inconnu ne venait jamais par-là, seulement les fermiers du village. Était-il perdu ? Était-ce un voyageur en quête d’abri ? Ou un brigand en quête d’honnêtes gens à voler ? Ma curiosité piquée, je suis rapidement rentré et ai fait ce que tout bon aventurier aurait fait : j’ai pris le vieil arc que mon père m’avait fabriqué, quelques flèches et je me suis lancé (discrètement) à la poursuite de l’homme.

Avant d’avoir pu le rattraper, j’entendis un hurlement déchirer le ciel (enfin pas vraiment mais c’est une belle image). Quand j’arrivai à la source du hurlement, le spectacle suivant s’offrit à moi :
Deux cadavres brûlés, dont celui de l’inconnu, et trois elfes. Deux étaient allongés, le troisième debout, une expression de folie furieuse sur le visage…

Et si perdu qu’il ne me remarqua pas, n’arrêta pas ma flèche alors qu’il en aurait été plus que capable. Ce fut le début de mon aventure désastreuse et la fin de la sienne, si glorieuse.

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