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Colin

Colin
Écrivaillon

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Date de création :
le 8 décembre 2015, à 09:14

Dernière validation :
le 4 janvier 2016, à 22:36

Pour Virginie - chapitre 2

Le soleil était à son zénith dans la grande ville d'Etrenel. L'homme, malgré son âge avancé et sa canne de bois, se déplaçait à une vive allure qui surprenait les passants. Il déambulait à travers le marché, bousculant sans remords tous ceux qui se trouvaient sur son passage. Chaque fois que quelqu'un s'apprêtait à lui en faire le reproche, il détournait le regard en découvrant la face effrayante du vieillard à la mine presque diabolique. Sa barbe sale et grisâtre recouvrait la moitié de son visage et un fort strabisme rendait son regard inquiétant et vicieux. Il avait attaché ses longs cheveux en arrière, et au bandeau qui les nouait était accroché un pendentif représentant la croix du Christ.
L'ambiance était des plus agitées. On entendait de tous les côtés les cris des marchands vantant leurs produits, mais le voyageur n'en avait que faire. Ses pas semblaient être ceux d'un homme ivre, et pourtant il filait en ligne droite. Seule comptait la nouvelle qu'il venait d'apprendre. Seuls comptaient les événements qui se déroulaient là-bas, à Lossey. Il en avait bien pour quatre jours de marche avant de pouvoir rejoindre la ville côtière, et si sa condition physique lui promettait un voyage difficile, sa détermination venait balayer le moindre doute dans l'esprit du vieillard. Des années durant, il avait attendu ce moment.

Christophe pénétra dans une pièce encore baignée par la lumière du soleil couchant. Elle était petite, et le lit sur lequel reposait Virginie prenait presque toute la place. Il n'y avait aucun meuble, hormis une vieille commode sur laquelle brillait une bougie dont la mèche était presque entièrement consumée. On pouvait encore constater les symptômes de la maladie et de la fatigue sur le visage de Virginie, mais son expression semblait déjà plus paisible. Elle dormait, couchée sur le dos, et ses cheveux s'éparpillaient sur l'oreiller autour de sa tête. En la contemplant, Christophe sentit le rythme de son cœur accélérer. Elle était tout aussi belle dans son mal, et il eût été impossible pour quiconque de ne ressentir ni peine, ni compassion devant cette image de pureté injustement frappée par le malheur.
Il était tant absorbé par la vision de son épouse que Christophe ne remarqua qu'après coup la présence du jeune homme à son chevet. Il devina tout de suite qu'il s'agissait là de Lionnel Marquillon, le fils de Luc. Son regard était fixé sur le visage du forgeron, et on pouvait y lire une expression de pitié. Il devait avoir environ le même âge que lui. Son aspect n'était pas du tout le même que celui de Luc. Alors que celui-ci était un petit homme rondouillard, Lionnel était grand et maigre. Seuls ses yeux venaient confirmer leur parenté. Le même regard fin et perçant se retrouvait chez le fils comme chez le père, mais le plissement de ses yeux ne reflétait pas la même malice chez le jeune homme. Tandis que le médecin semblait prendre tout à la légère, l’air était plus grave dans l'expression de Lionnel.
« Bonsoir, monsieur Elégard. Vous... vous souvenez de moi, n'est-ce pas ? »
Chaque mot qu'il prononçait semblait demander un effort considérable à Lionnel. Sentant la gêne de son interlocuteur, et malgré son inquiétude, Christophe donna une légère gaieté à sa voix, dans l'espoir de détendre l'atmosphère et de rendre l'échange plus chaleureux : « Lionnel Marquillon ! Évidemment, comment pourrais-je oublier vos supplications ! Vous étiez touchant, croyez-moi, et c'est un plaisir de vous voir relevé ! »
Cette réponse n'eut pas l'effet désiré, et le jeune paysan marmonna des excuses inaudibles, avant de baisser les yeux.
Luc brisa un lourd silence et déclara : « Monsieur Elégard, je dois vous parler des jours qui vont suivre. Vous devez comprendre que malgré notre reconnaissance à votre égard, nous ne pouvons prendre soin de Virginie sans attendre un paiement en retour. Son état nécessite un traitement non seulement coûteux, mais aussi une vigilance extrême, et jamais nous ne pourrons nous permettre de la laisser sans surveillance. »
« Je comprends... Je comprends tout à fait... Seulement... Je n'ai plus rien. »
Le médecin afficha une mine désolée.
« Je vois. C'est... cet incident, n'est-ce pas ? Quand je vous ai trouvé, étendu, sur le seuil de votre forge... Je n'ai pas osé vous en parler. Vous ne méritez pas tout ce qui vous arrive. »
« Je vous en prie ! Aidez-moi ! Jamais je ne pourrai sauver Virginie seul ! Je vous ai sortis de la misère ! »
« Calmez-vous. Nous n'allons pas vous laisser tomber, c'est promis. Commencez donc par manger quelque chose, puis allez prendre du repos. La nuit tombe. L'état de Virginie est stable pour le moment, et mon fils et moi resterons à son chevet. Dormez, et demain, je vous parlerai de l'avenir. »
« Pas question ! Je n'irai pas dormir tant que Virginie agonisera sur ce lit ! »
Lionnel quitta soudain sa mélancolie pour se lever brusquement de sa chaise : « Ne soyez pas stupide ! Votre amour vous a-t-il ôté toute votre raison ? Vous ne tenez plus debout ! Allez dormir immédiatement ! »
Christophe resta immobile quelques instants, contemplant la sévérité sur le visage de Lionnel.
« Vous... Vous avez raison. Désolé. Vous avez raison, je suis stupide. Virginie ne serait pas ici, si j'avais une once de bon sens. Je suis stupide. »
Cette fois-ci, il ne put retenir une larme. Il se retourna et quitta la pièce, en tentant de dissimuler ses sanglots.
« Christophe ! »
C'était la voix de Lionnel.
« Ce n'est pas votre faute. »

Lorsque Christophe se réveilla, le soleil brillait déjà depuis plusieurs heures. Il quitta la petite chambre que Luc lui avait cédée pour la nuit. Trouvant le salon désert, il se rendit dans la pièce dans laquelle avait dormi Virginie. La porte était entrouverte, et ce qu'il trouva derrière lui réchauffa le cœur.
Virginie n'était plus étendue. Elle était assise sur le lit, le dos appuyé contre le mur. Un sourire radieux vint adoucir son visage lorsqu'elle aperçut son mari sur le pas de la porte. Luc était assis sur la chaise à côté du lit, et un autre invité tournait le dos à Christophe. Sa silhouette était plus qu'imposante. C'était un véritable colosse qui se tenait là. Christophe reconnut le crâne chauve de cet homme avant même qu'il ne se retournât.
« Ah ! Le voilà enfin ! » s'exclama la voix rauque de l'ancien forgeron de Lossey.
Le jeune homme se remémora son entrevue avec lui, qui datait déjà de plusieurs années. Ils ne s'étaient pas connus en de bons termes. Le colosse n'avait pas eu le moindre égard à l’attention de Christophe, et il l'avait presque humilié en le rejetant violemment. Par la suite, après la montée en flèche de la carrière du jeune homme, il n'avait plus jamais entendu parler de lui.
« Nous n'avons jamais eu l'occasion de nous présenter. Je m'appelle Pierre Grésac. J'imagine que vous gardez un certain ressentiment de notre dernière rencontre. J'ai pu paraître rude aux premiers abords. »
« Ne vous inquiétez pas, je ne vous en veux pas » dit Christophe avant de se précipiter vers son épouse.
Il lui prit la main et s'exclama : « Virginie ! Mon Dieu, si tu savais comme je suis heureux de te voir ici, vivante, je... je suis désolé, je t'en prie, pardonne-moi, je suis tellement stupide, je... »
Luc prit la parole en souriant : « Je pense que vous apprécieriez que l'on vous laisse seuls quelques instants. Venez, Pierre, allons prendre l'air un moment, ces deux-là ont certainement des choses à se dire. »
Les deux hommes quittèrent la pièce, quelques instants passèrent, et Virginie prit un air grave.
« Christophe. J'aimerais que tu cesses de te faire tant de mal. »
La voix était impérative, sèche.
« Et plus que tout, j'aimerais que tu arrêtes immédiatement de penser que tu es le responsable de tout ça. Tu te tues à la tâche pour entretenir notre bonheur depuis que je t'ai rencontré. Cette maladie est le fruit d'un concours de circonstances, et nous devons l'accepter. Maintenant, l’heure n'est plus aux lamentations. Je t'aime, Christophe. Et je suis persuadée que nous allons nous en sortir. Tu sais, Luc est un homme d'une intelligence impressionnante. Je ne suis pas au tournant de la mort, je sens, au plus profond de moi que ma lutte pour la vie est loin d'être terminée. »
Elle s'était adoucie en prononçant ces mots, et elle avait serré fort la main de son mari. Une légère rougeur venait colorer le teint de ses joues, alors qu'elle était restée pâle depuis le début de sa fièvre.
Christophe se rapprocha un peu plus d'elle, et lui soupira : « Aujourd'hui, nous sommes ensemble. Je te promets que tu vivras. Je ferai tout pour que tu vives. Bientôt, nous serons dans notre foyer. Tu iras bien, tu souriras, et tu me diras que tu es heureuse. »
Puis il l'embrassa.
« Ce jour arrivera, je te le promets. Luc m'a dit avoir trouvé une solution à notre impasse. Il m'a dit qu'il fallait être plus que déterminé. »
« Ah ! S'il savait ce que je suis prêt à faire ! »
Christophe se leva, atteignit la porte et appela Luc.
« Monsieur Marquillon ! Nous avons à parler ! »
« Oh, parfait, installons-nous ici, il faut que Virginie entende elle aussi ce que j'ai à vous dire. »
Que peut bien faire ce Pierre Grésac ici ?... pensa Christophe en se rasseyant.
« Monsieur Élégard. Je vais commencer par vous parler d'un sujet fâcheux. L'argent. Je ne vous cache pas que nous ne roulons pas sur l'or. Lionnel et moi travaillons tous deux activement, cependant, je vais devoir faire une croix sur mes revenus réguliers de médecin si je veux m'assurer que la cure de Virginie soit une réussite. Mon fils passe beaucoup de temps aux champs, mais les récoltes ne sont pas excellentes. Dans une situation pareille, nous pouvons tenir quelques temps, mais pas éternellement. Nous pouvons tenir... le temps d'un voyage. »
« Un voyage ? Je ne comprends pas... De quoi parlez-vous ? Qui partirait en voyage ? » s'étonna Christophe.
« Vous. »
« Attendez... Mon épouse est malade, et au moment où elle a le plus besoin de moi, vous voulez que je parte en... voyage ? »
Ce médecin est fou. Nous sommes tombés sur un fou, s'inquiéta le jeune homme.
« Vous êtes sûr de ce que vous dites, docteur ? Christophe ne serait-il pas plus utile en restant parmi nous ? » demanda Virginie.
« L'idée peut paraître saugrenue au premier abord, mais j'aimerais que vous m'écoutiez jusqu'au bout. Et que vous écoutiez également monsieur Grésac. Vous comprendrez tout. »
Les deux amants, perplexes, échangèrent un regard. Cette fois-ci, le colosse prit la parole : « Êtes-vous au courant des événements qui se déroulent à l'ouest, sur le nouveau continent ? Vous êtes-vous renseignés à propos du périple de Christophe Colomb ? À propos de sa découverte d'il y a seize ans ? »
« Vous parlez de l'Amérique ? Vous... Vous n'allez tout de même pas envoyer Christophe en Amérique, n'est-ce pas ? Docteur, dites-moi que ce n'est pas vrai ! »
Le ton de Virginie était plaintif, on sentait la peur et la faiblesse dans ses paroles.
« Une fois Virginie remise sur pied, mon fils et moi serons presque ruinés. Nous devrons faire des sacrifices durant les semaines qui suivront. À l'aboutissement de la cure, nous aurons besoin d'argent pour nous relever de cette période. Vous aussi, Christophe. Tout sera plus compliqué qu'avant. Je suis au courant pour la commande de l'amiral Saillard, et je puis vous assurer que vous avez perdu sa confiance, et que votre réputation de forgeron n'est plus la même qu'auparavant. Les habitants de Lossey se tournent à présent vers d'autres artisans. Nous ne pourrons faire face aux jours qui suivront sans le sou. »
Il a raison... Tout va si mal, la santé de Virginie n'est même pas le seul fléau qui nous menace, songea Christophe.
Tout le monde dans la pièce semblait attendre sa réaction. Il releva la tête, regarda le médecin droit dans les yeux et déclara : « Soit. Je comprends. Je suis prêt à suivre vos conseils, mais... pourquoi l'Amérique ? »
Pierre Grésac prit encore la parole : « C'est là la raison de ma présence ici. Voyez-vous, l'Amérique me fascine depuis bien des années. Lorsque vous avez ouvert votre établissement, petit à petit, tous mes clients m'ont tourné le dos pour se rendre chez vous... Vos prix étaient bien moins élevés que les miens, et je dois admettre que votre travail était excellent. Cependant, j'ai lutté, je me suis donné corps et âme pour garder ma réputation, mes revenus et mes clients. C'est lorsque l'amiral vous a désigné pour la fabrication de son sabre que j'ai compris que je n'avais plus ma place dans ma forge. J'errais le long du port de Lossey lorsque j'aperçus Judith pour la première fois. C'était il y a deux jours. Elle était belle. Elle se tenait, là, entre les autres, et tous les hommes la contemplaient, les yeux brillant d'admiration. »
Son histoire est bien belle, mais nous avons mieux à faire que d'écouter ce colosse nous parler de sa bien-aimée, rumina Christophe pour lui-même.
« Elle n'était pas très imposante. Au contraire, elle était fine, mais son mât dépassait ceux de toutes les autres embarcations mouillées le long du port. »
Je vois... On dirait qu'il aime parler par énigme... Je n'aurais jamais imaginé qu'une brute pareille puisse faire preuve de subtilité.
« Je restai quelques minutes, debout, contemplant la merveille qui se tenait devant moi. Une bande rouge faisait le tour de la coque, et en haut du mât était hissé un pavillon de la même couleur. La figure de proue m'interpella tout particulièrement. Elle représentait une femme, qui tenait une bourse dans une main, et un poignard dans l'autre. »
Luc Marquillon l'interrompit, et déclara en souriant : « Je me souviens de l'expression sur votre visage à ce moment-là. Vous étiez... fasciné. »
Il se tourna vers Christophe.
« À ce moment-là, vous dormiez, et Virginie était chez moi, entre les mains de Lionnel. J'étais en ville, à la recherche d'un emploi pour vous, afin que vous puissiez nous assurer des revenus pendant la cure de votre épouse. À vrai dire, j'étais désespéré. Aucun des hommes susceptibles de vous offrir un travail ne proposait assez d'argent pour nous sauver d'une situation comme celle-ci. C'est là que je suis tombé sur Pierre. Je l'ai vu, puis j'ai vu Judith. J'eus alors la sensation que cette scène était la genèse d'une aventure qui nous apporterait le salut. Pierre ne cesse de me parler du destin, de la volonté de Dieu, mais personnellement, je ne crois qu'à un concours de circonstances qui nous mènera à bon port. Voici notre idée : partez pour l'Amérique avec Pierre Grésac à vos côtés ! »
L'ancien forgeron se leva d'un air plus que déterminé et déclama les vers suivants :

Quand l'espoir d'une vie s'est perdu dans la terre,
Quand on ne trouve ici plus que mort et misère,
C'est que l'appel de l'inconnu criera sans fin.
C'est que le glas des flots retentira enfin.

« Monsieur s'est laissé endoctriner par la poésie enchanteresse des loups de mer. » dit Luc Marquillon, jetant un regard hautain au colosse. Il continua sur le même ton : « Si vous n'êtes pas du genre à vous laisser convaincre par ces belles paroles, observez un peu l'aspect pratique de la chose. Ces voyages durent longtemps, mais la Judith n'est pas du genre à traîner sur les vagues. Vous devriez être de retour d'ici cinq mois tout au plus, c'est-à-dire le temps pour moi de rétablir la santé de Virginie. Je ne vous cacherai rien : ce périple va s'avérer dangereux, et je ne vous forcerai à rien. C'est à vous de décider si vous êtes prêt à aller risquer votre vie en mer pour espérer revenir les mains pleines de richesses du Nouveau Monde. Nous nous sommes entretenus avec le second du capitaine, sur le port. Ils reviennent de Grande-Bretagne, où ils sont déjà allés recruter les meilleurs navigateurs. Le capitaine lui-même est écossais, et s'appelle Martin Lewis. Ils ont longé la côte ouest de l'Europe dans l'espoir de trouver des hommes forts et déterminés. Le second, Erik Traus, un grand Hollandais, a tout de suite été convaincu par Pierre. Nous lui avons fait un portrait de vous, vantant vos qualités et votre acharnement à toute épreuve, puis nous lui avons conté vos malheurs. Il ne demande plus qu'à vous rencontrer. Si vous êtes accepté à bord, l'équipage sera au complet, et vous pourrez partir dès demain. »
Tout va si vite, songea Christophe. Virginie vient à peine de reprendre connaissance et déjà il me faut partir à l'autre bout du monde...
Après un silence de quelques instants, où chacun semblait attendre la réponse de Christophe, qui avait les yeux perdus dans le vide, ce fut Virginie qui s'exprima : « Non. Christophe ne partira pas en Amérique. »
Elle avait regardé le médecin droit dans les yeux en prononçant sa sentence, le regard enflammé, avec un air de défi. Personne n'osa la contredire.
« Je vois... Depuis le début, nous parlons de notre sort à tous, mais j'imagine que c'est vous qui traversez les plus terribles épreuves » dit Luc d'un air confus. Il continua : « Ce doit être dur pour vous d'imaginer cette période sans votre mari à vos côtés. Pourtant, il faut... »
« Le problème n'est pas là. Christophe ne partira pas en Amérique, parce qu'il y a bien trop de risques qu'il n'en revienne jamais. »
Le jeune forgeron contempla son épouse. Elle s'était redressée, s'appuyant sur les mains, et il voyait qu'elle serrait les dents et qu'elle faisait son possible pour être convaincante, mais lui seul perçut que, malgré sa détermination apparente, son corps tout entier tremblait dans un léger frisson.
« Virginie, je crains que ce ne soit la seule... »
« Tais-toi ! Je sais très bien ce que tu vas dire ! Tu vas me dire que tu te sens prêt à affronter cette épreuve, que tu te sens prêt à tout pour moi ! Tu ne sais rien, Christophe, absolument rien ! J'ai passé mon enfance à errer le long des ports, et j'ai entendu des dizaines de familles se lamenter sur le sort de ceux qui étaient partis pleins d'espoir vers l'inconnu, et qui avaient disparu de la surface de la terre à tout jamais ! Tu mourras ! Que ce soit par la maladie, la famine, les tempêtes, et quand bien même tu arriverais à destination, tu t'imagines que ce sont des terres accueillantes ? Tu t'imagines que l'on t'invitera dans une auberge, que l'on te servira des mets succulents aux saveurs nouvelles ? Non, tout ce que tu trouveras là-bas sera susceptible d'essayer de te tuer ! »
Sa pâleur était revenue. Christophe ne savait plus quoi dire.
« Madame, ne vous mettez pas dans tous ces états. Croyez bien que ce projet n'aurait jamais vu le jour s'il existait une autre alternative. De plus, Martin Lewis est un grand homme. Il a déjà bravé de nombreux dangers, il a même pris part à plus d'une bataille navale, et n'oubliez pas que Pierre est là. »
C'était la sagesse du médecin qui avait parlé.
« Tant que je vivrai, aucun mal ne sera fait à Christophe. J'ai bien trop de respect et d'admiration pour ce virtuose de l'enclume pour oser le laisser se mettre en danger ! » dit le colosse en riant.
Christophe réfléchit quelques instants, avant de déclarer : « C'est d'accord. Aujourd'hui, j'irai à la rencontre d'Erik Traus, je ferai tout pour qu'il m'engage, et demain, nous partirons pour l'Amérique. »
Une larme naissait au coin de l'œil de Virginie alors qu'elle entendait son mari annoncer sa décision. Elle articula d'une voix faible : « Christophe... Je t'en prie... »
Il la regarda, afficha un large sourire, et lui dit de la voix la plus douce possible : « Je t'aime. Et je nous sortirai de là. Dans cinq mois, je serai de retour, riche, et tu m'attendras chez nous. »
Quelques secondes s'écoulèrent, puis il ajouta : « En bonne santé. »
« Soit. Va, rencontre cet homme, puis reviens me voir ce soir. Si tu es si sûr de pouvoir le faire, alors fais-le. Je te fais confiance. »
Le jeune homme ouvrit la porte pour sortir, puis tomba nez à nez avec Lionnel Marquillon. Il avait les yeux rougis, comme s'il avait pleuré.
Depuis que je suis ici, Lionnel a l'air de se porter encore plus mal que Virginie et moi... Je me demande si c'est sa compassion qui le fait tant souffrir, se dit Christophe, avant de tenter d'égayer le jeune homme.
« Eh bien, mon cher Lionnel, connaissez-vous la nouvelle ? Je pars pour l'Amérique ! Vous entendez ? L'Amérique ! »
Son enthousiasme était grossièrement feint, ce qui n'échappa pas au fils du médecin.
« Je... Je suis désolé de ce qui vous arrive » dit-il simplement avant de lui tourner le dos.

C'était encore une journée ensoleillée qui se présentait lorsque Christophe descendit jusqu'au port de Lossey, accompagné par Pierre Grésac. L'ancien forgeron avait tenu à l'accompagner, afin de louer les qualités de Christophe devant Erik, le second. Ils mirent deux heures à atteindre le quai, et le spectacle de toutes les embarcations, immobiles, flottant sur l'eau, inquiéta le jeune homme.
Je n'ai jamais mis les pieds sur le pont d'un bateau, et demain, je vais certainement me condamner à y rester des mois, pour me rendre en un lieu inconnu de la plupart des hommes...
L'air de Christophe était sombre, et Pierre fut soulagé de voir au loin le mât du galion avec son pavillon rouge vif.
« Ah ! Regardez ! Judith est là ! Admirez, contemplez cette pure merveille ! N'est-ce pas là ce que l'homme a fait de plus beau ? »
Christophe porta son regard au loin, et aperçut la bande rouge du galion qui rendait le navire plus voyant que tous les autres aux alentours. Pierre n'avait pas menti. La Judith était une véritable œuvre d'art. Il émanait comme une sorte d'aura de ce bateau, comme s'il était fait pour mener les hommes au paradis. Le bois du navire était clair, ses formes lui donnaient une allure fine et élancée, et le plus grand de ses trois mâts semblait toucher le ciel. L'embarcation était longue d'une trentaine de mètres et comportait une douzaine de canons. Un pavillon rouge flottait au gré d'une légère brise qu'on pouvait considérer comme un doux présage, annonçant un voyage paisible. Christophe approcha, jusqu'à se tenir en face du mât de beaupré, auquel était accrochée la figure de proue. Il contempla la femme de la tête au pied. La sculpture laissait deviner un travail minutieux. La femme portait une longue robe, et bien qu'aucune couleur ne venait décorer la statue, on la devinait tout de blanc vêtue. Un étonnant contraste apparaissait entre l'expression de son visage et sa posture. Alors qu'elle souriait, et que ses yeux semblaient exprimer une tendresse infinie à quiconque la regardait, elle saisissait son poignard comme si elle était prête à trancher la gorge de celui qui voulait l'approcher, et elle tenait sa bourse comme on tient un objet que l'on veut protéger à tout prix.
« Monsieur ! Monsieur Grésac ! »
La voix qui venait de retentir derrière leur dos était gaie, avec un accent fortement prononcé. Avant que le jeune homme n'eut le temps de se retourner, Pierre chuchota à son oreille d'un air narquois : « Voici Erik. Ça ne m'étonnerait pas qu'il soit ivre à l'heure qu'il est. »
L'homme qui se présenta à eux s'avançait d'une démarche plus que joyeuse. En effet, il tenait une bouteille d'une main, et il agitait l'autre en l'air comme s'il voulait que toute la populace du port l'aperçoive.
« Voici donc notre oiseau rare, je présume ! Monsieur... Monsieur ? »
« Elégard. Christophe Elégard ! » répondit Christophe, en s'efforçant d'imiter le ton joyeux de son interlocuteur.
Erik était très grand, et son physique se rapprochait de l'archétype du doux géant. Il semblait ne pas savoir quoi faire de ses longs bras, qui trainaient derrière lui, et son ventre rebondi trahissait les nombreuses cuvées qui semblaient faire partie de son quotidien.
Il portait le bouc, et ses cheveux roux mal coiffés lui retombaient sur le front. Son nez était rougi par l'alcool, et il avait les oreilles décollées. Christophe ne put lutter contre l'envie de sourire devant ce balourd à l'apparence improbable.
« Enchanté, monsieur Traus » dit le jeune homme en tendant la main à Erik. Celui-ci la lui saisit avec une force qui le fit frémir.
« Vous pouvez m'appeler... euh... appelez-moi comme vous voulez ! Faites preuve de fantaisie, je vous en prie, insultez-moi ! Notre relation n'en sera que plus endurcie ! Personnellement, je vous appellerai « le poissard » ! Bon, je vous avoue que l'idée de vous embarquer à bord m'inquiète un peu ! Il ne faudrait pas que le mauvais sort vous suive jusque dans l'océan et nous tombe sur un coin de la gueule! »
Erik s'esclaffa puis but une rasade de rhum avant de reprendre : « Bon, plus sérieusement... Votre ami le costaud, et le docteur rondouillard, ils m'ont beaucoup parlé de vous, mais j'aimerais pouvoir vous connaître sans que ce soit par la bouche d'un lèche-botte qui vous veut à bord ! Dites-moi, qu'est-ce que vous feriez de beau sur le pont de notre belle Judith ? »
Christophe, un peu gêné par la familiarité dont faisait preuve son interlocuteur, répondit en bredouillant : « Je n'y connais pas grand-chose, mais... vous pourrez me confier n'importe quelle tâche, je puis vous assurer que je l'accomplirai sans broncher. »
Pierre Grésac ajouta : « Et avec une telle vigueur ! Si vous l'aviez vu, lorsqu'il a commencé à taper sur le fer, alors qu'il ne savait même pas comment s'y prendre ! »
« Je vois ! Prenez garde, tout de même, gardez un peu d'amour-propre quant aux corvées que vous demandez, vous risquez de finir par devoir torcher le cul de tout l'équipage ! Le capitaine a horreur de ceux qui cachent leur potentiel et se diminuent volontairement ! »
Décidément, cet homme me plait ! J'ai bien besoin de ce cynisme pour me sortir de mes idées noires, pensa Christophe, le sourire aux lèvres.
« En tout cas, vous avez de la chance. Le capitaine est pressé de quitter ce patelin, c'est sa dernière étape avant l'océan, et il espérait encore recruter quelques hommes ! Vous ne m'avez pas l'air très amusant, mais vous ferez l'affaire, nous avons besoin de marins vigoureux ! Je répète sans arrêt à Lewis qu'il perd son temps à n'engager que des fillettes savantes... Je vais vous faire un rapide inventaire des affaires que vous ferez bien d'apporter à bord, si vous espérez tenir bon le temps du voyage. »
« Je vous écoute. »
Donc c'est décidé. Je crois bien que cette fois-ci, je m'engage dans une aventure bien différente de tout ce que j'ai vécu jusqu'à aujourd'hui...
De l'autre côté du quai, depuis la fenêtre d'une auberge miteuse, un homme observait la scène. Un sourire satisfait apparaissait sur sa figure.

Le soleil n'était pas encore couché lorsque Christophe arriva seul chez lui. Il ne lui restait qu’à préparer ses affaires pour son périple. Sa rencontre avec le second, Erik Traus, lui avait remonté le moral. À présent, il était bien décidé à partir, et il s'était conforté dans l'idée que Virginie serait en sécurité aux côtés de Luc Marquillon. Cet homme connaissait son affaire et brillait d'une intelligence phénoménale. De plus, même s'il doutait de ses capacités à aider son père, il avait foi en Lionnel, qu'il avait vite considéré comme un être bon et altruiste. Si jamais le médecin faiblissait, Christophe savait que son fils ferait tout pour le soutenir. C'était deux véritables anges gardiens que Virginie avait là.
Le jeune homme, sachant qu'il n'y remettrait plus les pieds avant longtemps, fit tout le tour de sa maison. Il contempla les vestiges de sa vie commune avec celle qu'il aimait. Puis, se rendant au palier de sa forge, il se revit, lui, s'évanouissant devant le spectacle de sa ruine. Comme j'ai été faible, pensa-t-il. Il se jura, au nom de Virginie, de ne plus jamais faire preuve de lâcheté, de stupidité ou de manque de vigilance durant les jours à suivre. Sa bague brillait d'un éclat doré à la lumière orange du soleil couchant. Demain, se dit-il, je sauverai Virginie.

Adossé au mur des ruines d'une vieille tour, sur le chemin qui menait à Tryon, la dernière ville avant Lossey, le vieillard relisait la lettre qu'il avait reçue plusieurs jours auparavant. Les mots : « Il ne tardera plus » et « ce sera là votre seule chance » ne cessaient de le hanter. On l'avait oublié, laissé pour compte, il n'était plus qu'un fantôme aux yeux de tous. Là-bas, sur la côte, on se préparait, chacun avait son rôle à jouer, mais lui, il n'allait pas tarder à surgir et à tout chambouler. Tu t'imagines que ton départ en mer règlera tout, que tu mettras un terme à cette histoire, et que tu vivras heureux... comme tu es naïf... Le vieil homme essaya de s'endormir, mais le sommeil n'était pas au rendez-vous. Il se releva, saisit sa canne, et se remit en route pour Tryon.

Un ciel nuageux couvrait les étoiles du crépuscule, et seule la lune apparaissait dans la brume. La maison des Marquillon surplombait la ville, et Christophe observa Lossey quelques instants sans oser rentrer dans la demeure. On distinguait à peine quelques lueurs des lanternes de la cité. Le vent soufflait, et le bruit régulier des vagues se faisait entendre au loin. Une fine pluie se mit à tomber, mais Christophe n'avait pas envie d'aller se mettre à l'abri à l'intérieur. Il avait l'impression que son destin serait scellé dès lors qu'il poserait le pied pour passer sa dernière nuit chez ceux qui l'avaient poussé à entreprendre ce voyage. Il se répéta les vers que l'ancien forgeron avait prononcés :

Quand l'espoir d'une vie s'est perdu dans la terre,
Quand on ne trouve ici plus que mort et misère,
C'est que l'appel de l'inconnu criera sans fin.
C'est que le glas des flots retentira enfin.


La porte de la chambre de Virginie était entrouverte. Une faible lumière en émanait. Dehors, on entendait la pluie, plus forte à présent, qui tambourinait sur le toit. Christophe entra dans la pièce et trouva Virginie, seule, étendue sur le lit. Il eut la sensation de revivre la même scène que le jour où il l'avait vue malade pour la première fois. Elle était à nouveau recroquevillée, la couverture était à nouveau repoussée au bout du lit, et elle semblait souffrir, comme si elle était à nouveau à l'agonie.
Le jeune homme s'approcha de son épouse, lui caressa doucement les cheveux, et lui murmura : « Virginie, je suis là. »
Sans ouvrir les yeux, elle peina à articuler : « Christophe ? C'est toi ? Tu... tu es revenu d'Amérique ? »
Il n'osa pas lui répondre, il n'eut pas le cœur de lui dire qu'il partirait dès le lendemain, qu'elle ne le verrait plus, qu'il l'abandonnait alors qu'elle était au plus mal. Il répéta simplement : « Je suis là. »
« J'ai froid. » dit-elle doucement.
Christophe la recouvrit jusqu'aux épaules, puis il alla chercher un verre d'eau, qu'il porta à la bouche de Virginie après lui avoir relevé la tête. Elle avala lentement le liquide, puis se laissa retomber sur l'oreiller. Le jeune homme se releva, éteignit les bougies de la chambre, puis revint s'étendre aux côtés de sa femme. Il resta là, des heures durant, à contempler son visage immobile dans la pénombre, avant de se laisser emporter dans un songe.

Christophe était debout, seul, sur le pont d'un navire. Il devina très vite qu'il était à bord de la Judith. Il arpenta le bâtiment, sans y trouver quoi que ce soit. Il n'y avait ni vent, ni pluie, ni nuages, seulement le soleil, haut dans le ciel bleu. Un soleil brillant. Un soleil brûlant. Il le contempla quelques instants, puis fut complètement ébloui. Il perdit l'équilibre, sentit qu'il chutait et se retrouva au fond de l'océan. Se débattant dans l'eau, il parvint à en atteindre la surface. En quelques instants, la nature s'était déchaînée, et une violente tempête semblait à présent en vouloir à la vie du jeune homme. Christophe luttait pour garder la tête hors de l'eau, mais les vagues le submergeaient, et la pluie l'aveuglait.
Alors que sa vision était complètement floue et saccadée, il distingua, au-dessus de lui, un objet brillant, qui se détachait de l'obscurité de la tempête. En regardant mieux, il vit qu'il s'agissait de la bourse de la figure de proue du navire duquel il venait de tomber. Son regard fut immédiatement attiré par le visage de la statue. Il était certain de se tenir juste en face de Virginie. Ses longs cheveux noirs flottaient au vent, et elle le regardait avec un tendre sourire, indifférente à tout ce qui se passait autour d'elle. De son poignard perlaient des gouttes de sang qui vinrent tomber dans l'océan, qui, brusquement, prit la teinte du liquide. En quelques instants, Christophe se retrouva baigné dans une immense mer de sang. Il tendit la main vers Virginie, espérant se sortir de cet affreux cauchemar, mais celle-ci s'éloignait en même temps que le galion. Le jeune homme coula jusqu'au plus profond des abysses de cet océan de mort.
Puis il se réveilla, en sueur. D'abord paniqué, il fut empli d'un immense soulagement, voyant qu'il était allongé aux côtés de Virginie. La respiration de celle-ci était saccadée, et son sommeil était agité. Christophe se rendormit, en pensant à la mer, au Judith et à son épouse. Bientôt, songea-t-il, tout sera terminé.
En ce même instant, une silhouette quittait la maison. La silhouette d'un homme, grand et mince.

Le soleil n'était pas encore levé lorsque Christophe pénétra dans le salon. Pierre Grésac et Luc Marquillon étaient attablés autour d'un repas, et l'ancien forgeron paraissait rayonnant.
« Ah ! Vous entendez ? L'appel de l'inconnu ! Le glas des flots ! C'est aujourd'hui le grand départ ! Venez, mangez, nous aurons besoin de toutes nos forces aujourd'hui ! Notre amie Judith nous attend à bras ouverts ! »
Luc demanda : « Comment va Virginie ? »
« Elle dort encore » répondit Christophe.
« C'est une bonne chose. Croyez-moi, son état s'améliorera. Prenez place, je vous prie, je vais aller la voir. »
Le médecin se leva pour aller se rendre au chevet de la jeune femme.
« D'accord. Merci » dit simplement le jeune homme, avant de s'asseoir à la place de Luc.
Pierre le regarda prendre place en souriant.
« Eh bien ? Je vous trouve un peu pataud pour une telle journée ! Je sais bien que pour vous, ce voyage est une contrainte, mais par pitié, tentez tout de même d'apprécier l'aventure qui s'offre à vous ! »
« Je vais faire un effort... Quand partons-nous ? »
« Erik m'avait dit qu'ils largueraient les amarres à neuf heures. Nous ne devons pas trop tarder, mangez vite, et allez rassurer votre épouse ! Je n'en peux plus de vous voir vous lamenter tous les deux ! »
Le repas fut bref, car Christophe avait hâte de retourner auprès de Virginie afin d'avoir le plus de temps possible à ses côtés avant son départ. Après quelques bouchées, il revint dans la chambre, et Luc, qui examinait la jeune femme, s'éclipsa, comprenant que les amants avaient besoin d'être seuls un moment.
« Alors, ça y est ? Tu t'en vas ? » demanda Virginie, tandis qu'un triste sourire apparaissait sur son visage.
« Oui. Le bateau nous attend au port. Tout est prêt. »
« Tu sais, j'ai beaucoup réfléchi cette nuit. Luc a raison. C'est bel et bien la seule solution. S'il existait un moyen pour toi de rester ici, près de moi, jamais je n'aurais pu accepter ton départ, mais... ce n'est pas le cas. »
« Merci de me dire ça. Et merci de croire en moi. »
Christophe s'assit sur le bord du lit, serra la main de Virginie, puis vit leurs deux alliances, côte à côte.
« Cette confiance me rendra plus fort, plus vigoureux, plus résistant que n'importe qui. »
« Et c'est en pensant à toi que je lutterai contre ce mal. »
Son sourire sembla soudainement plus sincère.
« Ce ne sont pas des adieux » dit-elle en passant son autre main derrière le cou de son mari. Ils s'embrassèrent, dans un élan d'amour plus fort que tous ceux qu'ils avaient vécu jusqu'à présent.

Pendant la nuit, un homme quitta une auberge du port de Lossey pour se rendre plus au sud, sur une plage de galets. Il marcha trois heures durant et atteignit l'endroit peu avant l'aube. Une fois arrivé, il regarda autour de lui, ne vit personne, puis siffla quatre fois en direction des rochers qui se trouvaient juste au bord de la plage. Une silhouette apparut, émergeant d'une petite caverne formée par la roche. C'était un homme, mince, vêtu d'un long manteau bleu marine. Ses cheveux noirs lui retombaient sur la nuque, et il portait une barbe taillée en pointe. Son regard brillait d’une éclatante beauté. Il avait de grands yeux bleus, et les traits de son visage étaient d'une finesse qui forçait l'admiration. Sa démarche rappelait celle d'un félin à l'affût d'une proie, recherchant la discrétion et la furtivité. Il s'approcha du nouvel arrivant et le regarda droit dans les yeux. Celui-ci ne put s'empêcher de se courber légèrement, puis annonça d'une voix essoufflée :
« La Judith largue les amarres ce matin, mon capitaine. Ils ne vont plus tarder. »
Alvaro effleura doucement du bout des doigts la lame de son sabre, accroché à sa ceinture, puis sa fine bouche s'étira jusqu'à montrer une rangée de dents parfaitement alignées. Une intense froideur se dégagea soudainement de lui lorsqu'il prit la parole.
« Excellent. Va chercher l'équipage. Nous partons. »

Commentaires
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Colin, le 31 janvier 2016, à 10:06 :

Merci beaucoup ! J'apprécie ton enthousiasme, j'espère ne pas te décevoir pour la suite :)

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Douj, le 31 janvier 2016, à 08:12 :

Encore une fois, le récit est rondement mené et agréable à lire. J'aime beaucoup l'histoire et j'ai l'impression que la suite sera riche en rebondissements ! Un grand merci pour ce bon moment de détente.


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