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Colin

Colin
Écrivaillon

Classé dans Conte
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Date de création :
le 7 décembre 2015, à 11:03

Dernière validation :
le 4 janvier 2016, à 03:59

Mahmut et l'artiste

MAHMUT : Qu’est-ce que tu fais, l’artiste ?
L’ARTISTE : Je peins
MAHMUT : Et qu’est-ce que tu peins ?
L’ARTISTE : Ces hommes, là-bas.
MAHMUT : Ah, oui. Ils se battent.
L’ARTISTE : C’est bien pour ça que je les peins.
MAHMUT : Qu’est-ce que tu veux dire ?
L’ARTISTE : Je veux dire qu’ainsi, cette bataille ne sera jamais oubliée.
MAHMUT : Et pourquoi désires-tu qu’on ne l’oublie jamais ?
L’ARTISTE : Car c’est le meilleur moyen pour que les hommes cessent de se battre.
MAHMUT : Je ne comprends pas. Le meilleur moyen n’est-il pas de les arrêter ?
L’ARTISTE : Je travaille à plus grande échelle. Grâce à ma peinture, ce sont toutes les générations suivantes qui ne se battront pas.
MAHMUT : C’est vrai que cette peinture est effrayante.
L’ARTISTE : Merci.
MAHMUT : Qu’est-ce que tu peins, quand personne ne se bat ?
L’ARTISTE : Je m’arrange toujours pour me trouver là où les hommes se battent.
MAHMUT : Et que ferais-tu si personne ne se battait jamais ?
L’ARTISTE : Je n’y ai jamais réfléchi.
MAHMUT : Il faudrait peut-être que tu te battes, dans ce cas-là.
L’ARTISTE : C’est absurde. Je ne pourrais pas me battre et peindre en même temps. Et puis, je n’aime pas me battre.
MAHMUT : Mais tu aimes les batailles.
L’ARTISTE : Bien sûr que non.
MAHMUT : Tu m’as pourtant dit toi-même que tu n’avais jamais envisagé ta propre existence sans bataille.
L’ARTISTE : Je t’ai simplement dit que je n’y avais jamais réfléchi. J’imagine que je peindrais d’autres choses.
MAHMUT : Donc tu aimes peindre.
L’ARTISTE : Bien sûr. Sinon, pourquoi le ferais-je ?
MAHMUT : Excuse-moi, je me suis trompé. Je pensais que tu peignais pour que les hommes cessent de se battre.
L’ARTISTE : L’un n’empêche pas l’autre.
MAHMUT : Qu’est-ce qui est le plus important pour toi ?
L’ARTISTE : Qu’on me laisse peindre en paix.
MAHMUT : Les hommes qui se battent ne t’ont-ils jamais attaqué ?
L’ARTISTE : Je sais quand il faut partir.
MAHMUT : Tu es malin.
L’ARTISTE : Ce n’est que du bon sens.
MAHMUT : Moi, je te trouve vraiment malin. Tu as su t’accommoder à un monde que tu méprises.
L’ARTISTE : N’y vois aucune offense, mais j’aimerais peindre sans être dérangé.
MAHMUT : Je veux que tu peignes pour moi.
L’ARTISTE : Pourquoi le ferais-je ?
MAHMUT : Je suis quelqu’un d’important. Les hommes que tu vois là-bas se battent pour moi. Si tu peins pour moi, tu pourras nous suivre lors de toutes nos batailles. Tu n’en rateras pas une seule. Tout ce que je te demande, c’est de louer la force de mes hommes sur chacune de tes peintures. Il faut qu’ils aient l’air supérieur à leurs ennemis. Peux-tu faire ça pour moi ?
L’ARTISTE : Qu’est-ce que j’y gagnerai ?
MAHMUT : Je te protègerai, tu n’auras plus à te dépêcher de partir. Tu mangeras à ta faim, et tu n’auras plus besoin de marcher des heures durant pour chercher des hommes qui se battent.
L’ARTISTE : C’est d’accord. je te suivrai partout où tu iras et je ferai de tes hommes des héros.
MAHMUT : Bien. Termine ta peinture et rejoins-nous. La bataille est terminée.

Commentaires
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Douj, le 12 février 2016, à 17:45 :

Regard intéressant sur la façon dont on nous peut faire percevoir la guerre, ou l'art au service de la politique. Mais ceci est un autre débat.


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