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Douj

Douj
Écrivaillon

Classé dans Autre
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Date de création :
le 3 novembre 2015, à 19:36

Dernière validation :
le 4 novembre 2015, à 19:30

Chroniques d'un marginal #1 - Métro boulot

La nuit avait paru courte. Comme toutes d'ailleurs. On était en hiver et quand Louis se levait, il faisait nuit. A chaque fois son réveil sonnait, il grognait en l'éteignant puis restait encore dix bonnes minutes dans son lit. Chercher la moindre once de motivation. Savoir qu'on ne la trouverait pas. Se demander pourquoi on faisait ça tous les jours. Ne pas savoir. Vouloir arrêter. Avoir peur. Se lever.

Une fois debout, Louis s'habillait et alla s’assoir sur la chaise devant son grand bureau. Comme d'habitude, ça caillait. Il n'allait quand même pas allumer le chauffage, payer une blinde alors qu'une bonne veste suffisait. Et puis, s'il habitait ce studio miteux, c'est qu'il n'avait pas le pognon pour se payer mieux. Comme d'habitude, il était à la bourre. Il avala d'un trait un café froid, pris un quignon de pain rassis qui trainait et quitta la pièce d'un claquement de porte.

Dehors, le froid. Un bonnet sur la tête, des écouteurs dans les oreilles, Louis prit la direction de la gare. Il avançait lentement. Autour de lui, des travailleurs se pressaient. La chanson Antisocial de Trust résonnait à fond dans sa tête.

"Tu bosses toute ta vie pour payer ta pierre tombale,"

Louis longeait les couloirs de la gare, en prenant soin de ne pas être trop près d'une autre personne, qui pourrait le bousculer ou simplement le toucher. Fort heureusement pour lui, tous étaient concentrés sur l'écran de leur smartphone, à envoyer une multitude de messages, à regarder la météo, le cours de la bourse ou bien s'assurer que la dernière photo de leur chaton était appréciée des gens qui leur servaient d'amis.

"Tu masques ton visage en lisant ton journal,"

Des amis, Louis n'en avait pas. De ses souvenirs, ça avait toujours été le cas et cela ne le dérangeait pas. Les gens sont cons, de toutes façons.

"Tu marches tel un robot dans les couloirs du métro,"

Le train arriva en même temps que lui, il monta dedans et s’asseya à une place libre. Personne à côté de lui. Parfait. De toutes façons, même quand le RER était bondé personne ne s'asseyait à côté de Louis. Les gens préféraient se serrer, se coller les uns aux autres plutôt que de s'assoir à côté de lui. C'était comme ça.

"Les gens ne te touchent pas, il faut faire le premier pas,"

Le train se mit en route. Le trajet passait lentement. Toujours la même galère tous les matins. Toujours à peu près les mêmes visages. Toujours ces expressions de dégout à peine caché quand les gens entraient dans le train et voyaient Louis. Il s'y faisait. La station où Louis devait descendre approchait. Jamais vraiment envie d'aller à son boulot. Jamais vraiment envie de rester dans ce train. Jamais vraiment envie de rester entouré de tous ces gens.

"Tu voudrais dialoguer sans renvoyer la balle,"

Louis se leva avec difficulté. Les gens s'écartaient à son approche. Aidé par sa cane dans la main gauche, leva sa jambe gauche à l'aide de sa main droite et avança en boitant, risquant de se désarticuler à chaque pas. Une jeune fille le regarda avec mépris de haut en bas. Il feignit l'indifférence. Il ne pouvait pas feindre grand chose d'autre, saloperie de paralysie faciale.

"Impossible d'avancer sans ton gilet pare-balle."


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