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Legeth

Legeth
Nouvel écrivain

Classé dans Autre
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Date de création :
le 28 juin 2015, à 09:43

Dernière validation :
le 29 juin 2015, à 18:38

Scarlet

(à lire avec ceci : https://www.youtube.com/watch?v=sHYP-TN6qxA )

Le vent glissait sur la peau de la jeune fille comme un million de caresses. Doux, délicat, transportant avec lui le parfum délicieux de l'embrun. L'eau allait et venait, chatouillant ses chevilles lorsqu'une vague plus grande que les autres parvenait jusqu'à elle. Une algue emportée par les flots avait meme trouvé refuge en s'enroulant autour d'un orteil de l'enfant allongée sur la plage. Le soleil éclairait d'une lumière vive le visage de Scarlet, les yeux rivés vers le ciel. Le sable collant à ses joues rougies par la chaleur lui donnait un air rieur, rêveur. L'enfant et la Nature semblaient en harmonie parfaite à cet instant, ne formant qu'une entité qui respirait au rythme lent des marées. Une mouette vint se poser dans le creux de sa main.

Une mouette, comme celles qu'elle pouvait voir de sa fenêtre, lorsqu'elle vivait au bord de la plage. Comme celles après lesquelles elle courait quand, plus jeune, elle s'était mis dans la tête l'idée de les élever toutes et de devenir leur reine. Elle rêvait de voler, de découvrir le monde tel un oiseau, depuis le ciel, depuis les nuages.

Alors un matin, elle avait décidé de s'envoler. Elle avait ouvert la porte de la maison au bord de la plage et courait vers l'horizon, déployant ses bras comme un oiseau gigantesque, le cœur battant à se rompre, le souffle rapide, les yeux rivés vers le ciel. Les yeux rivés vers le ciel.

Elle glissa deux fois, mais ne ralentit jamais. Sa course était rapide, légère. Il ne lui manquait presque rien pour enfin décoller ses pieds du sol et faire de son éternel rêve une réalité. Alors elle baissa les yeux, et au loin elle vit le vide se dessiner. Le sol sur lequel elle prenait son envol s'arrêtait abruptement, tombant en un mur de roche presque vertical jusqu'en bas. Bien plus bas. Scarlet continua de courir. Le vide s'approcha. Elle ne s'arrêta pas. Elle ne s'arrêta jamais.

Le corps de la jeune fille tomba comme une pierre dans une chute qui semblait durer une vie. L'enfant riait. Elle volait. Elle se fichait de ne rien entendre que le vent qui battait ses tympans. Elle se fichait de ne rien voir que l'eau qui s'approchait d'elle bien trop vite. Rien n'avait d'importance puisqu'elle volait. Alors elle écarta les bras et releva la tête. Les yeux rivés vers le ciel. La reine des mouettes hurlait de joie, sa robe écru fouettant l'air comme les ailes d'un oiseau. Le plus magnifique des oiseaux. Jamais elle ne pensa à l'atterrissage. Elle comptait défier les lois de la physique et s'envoler encore de nombreuses minutes. Elle comptait voler, simplement, et personne ne l'en empêcherait. Pas même Newton. Pas même Kepler.

Elle ferma les yeux et son corps sembla plus léger encore, sa chute plus lente.

Le sol défilait sous elle comme un film trop rapide.

Elle volait.

Vraiment.

Son souffle revint à la normale, le rythme des ses battements cardiaque ralentit, et bientôt la jeune fille empruntait une trajectoire parfaitement horizontale. Elle ne faisait aucun effort particulier. Son corps semblait simplement porté par les vents, déviant vers la droite ou la gauche quand telle était la volonté de Scarlet. Elle survola la mer pendant plusieurs minutes avant de se retourner. Au loin, l'enfant reconnu les mouettes qu'elle observait tant depuis le sol. Elle décida de les rejoindre, de redécouvrir son monde sous un nouveau point de vue. La bâtisse semblait ridicule, perdue dans l'immensité d'herbe dans laquelle elle était plongée. Scarlet réalisa à quel point tout au sol était petit quand on était un oiseau. Ses poumons se remplirent d'un air nouveau. La jeune fille sentait coulait dans ses veines une sensation de puissance pure, couplée à un désir de voir encore plus de ce monde miniature. A cet instant, elle réalisa qu'elle haïssait le sol et toutes les contraites qu'il lui imposait. A cet instant, elle se jura de ne jamais plus toucher terre.

Mais très vite l'enfant déchanta.

Elle traversa un nuage, sentant chaque goutelette d'eau marteler sa peau, et commença à redescendre. Elle ne tombait pas, non, elle semblait atterrir, s'approchant lentement de la plage comme prête à se poser. Ses jambes touchèrent le sable et lentement, son corps se redressa. Scarlet était debout, face à la mer. Alors, détestant toujours plus le sol, elle se mit à courir.

Ses jambes étaient lourdes de n'avoir pas touché terre depuis de trop nombreuses minutes déjà, mais la jeune fille ne s'arrêta pas. Si la Nature avait décidé de la priver de ses ailes, alors elle trouverait un autre moyen de quitter le sol. Un goût amer de sable et de sel piqua les lèvres de Scarlet et le vent levait devant elle un brouillard de poussière, mais la gamine continuait sa course vers l'horizon, le coeur prêt à exploser tant il battait vite, les yeux rivés vers le ciel.

Ses premiers pas dans l'eau envoyèrent dans tout son corps une onde de fraîcheur et de plaisir. Enfin, elle quittait à nouveau son immense prison pour trouver un élément qui lui conviendrait mieux. Déjà, les vagues lui caressaient les genoux puis le haut des cuisses. Scarlet sourit et écarta les bras avant de se laisser tomber en arrière, tel un ange, les yeux rivés vers le ciel.

La fillette épousa chaque vague, chaque courant, nageant gracieusement à travers les eaux comme s'il lui était plus facile de se mouvoir dans l'océan que sur la terre ferme. Elle se laissa emporter par quelques vagues qui la tirèrent encore un peu plus loin de ce sol qu'elle considérait maintenant comme son pire ennemi.

Puis tout s'accéléra.

Scarlet remonta à la surface pour respirer, mais à peine eut-elle sortir son visage de l'eau qu'une vague vint la surprendre, s'engouffrant dans ses poumons comme un venin froid et salé. L'enfant recracha toute l'eau qu'elle put, relâchant avec les dernières vapeurs d'oxygène qu'elle stockait en elle. Scarlert coula. Elle se débattait. Elle avalait la mer par gorgées entière. Scarlet paniqua. Elle frappait de ses mains et de ses pieds, tentant désespérément de retrouver la surface.

L'enfant leva le regard vers l'air, plusieurs mètres au dessus d'elle. Les yeux rivés vers le ciel. Elle avait vécu sa vie les yeux rivés vers le ciel.

Ses mouvements se firent plus lents.

Plus lents.

Immobile.

Scarlet avait gardé les yeux ouverts.

Silence.

Son cœur s'arrêta.

Obscurité.

La mer la digéra longtemps avant de recracher son cadavre.

Échouée au bord de l'eau.

Le vent glissait sur la peau de la jeune fille comme un million de caresses. Doux, délicat, transportant avec lui le parfum délicieux de l'embrun. L'eau allait et venait, chatouillant ses chevilles lorsqu'une vague plus grande que les autres parvenait jusqu'à elle. Une algue emportée par les flots avait meme trouvé refuge en s'enroulant autour d'un orteil de l'enfant allongée sur la plage. Le soleil éclairait d'une lumière vive le visage de Scarlet, les yeux rivés vers le ciel. Le sable collant à ses joues rougies par la chaleur lui donnait un air rieur, rêveur. L'enfant et la Nature semblaient en harmonie parfaite à cet instant, ne formant qu'une entité qui respirait au rythme lent des marées. Une mouette vint se poser dans le creux de sa main.

Commentaires
1295

Bernyberne, le 18 juillet 2015, à 13:51 :

Magnifique, tu as su me faire quitter mon lit, ma chambre, pour de plus beaux paysages, et fait ressentir chaque éléments, j'en ai encore des frissons !


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