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Bernyberne

Bernyberne
Habitué des lettres

Classé dans Véridique
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Date de création :
le 6 mai 2015, à 09:11

Dernière validation :
le 7 mai 2015, à 03:56

Démanteler le tricot raté de cet amour

D'une façon que je ne peux expliquer, je l'aime.

J'ai déjà aimé auparavant, mais rien de ce que j'ai pû vivre ne ressemble à cela. Je le sens, cet amour est différent. Si j'ai bien appris quelque chose de mes expériences passées, c'est que le sentiment qu'on ressent d'habitude est passager. Mais pas cette fois, impossible de me détacher de ce poids. Serait-ce un poids seulement? Cette chose que je traîne, me pèse-t-elle réellement? Non, j'ai plutôt l'impression qu'elle m'aide...

Oui ,voilà, je le vois clairement. Ce qui a changé, ce qui change, et ce qui changera à l'avenir, est que cet amour ne me quittera pas de si tôt, pour la simple et bonne raison que, même s'il n'est pas réalisé pleinement et ne le sera, ou peut-être qu'il le sera, réalisable dans les mois ou années à venir, même s'il m'est ou non indispensable, ne m'importune aucunement.
Vous me suivez encore?

Car si j'ai bien compris quelque chose de l'amour, ce sentiment incompréhensible, c'est qu'il peut nous aider s'il est partagé et réalisé, comme il peut nous nuire dans le cas contraire. Mais s'il est mitigé? Si cette personne dont l'intérêt est convoité ne peut être fiable dans ses actions et communications? Je peux voir dans ses actions qu'elles sont contraire à ses sentiments, comme elles l'ont toujours été. Cette personne est torturée par son manque de sincérité, ou plutôt que dis-je, elle est sincère, mais manque d'assurance pour le montrer. Ou serait-ce un manque d'assurance seulement? Je crois que la peur joue surtout. La peur de perdre, la peur d'aimer, la peur d'être heureux, ...?

Cet amour m'a fait grandir quelque part. Jamais je ne me serais autant investit dans le passé à comprendre ce genre de personne paumée. Peut-être parce que je l'ai moi-même été? Et peut-être beaucoup plus que je n'oserai jamais l'avouer. Mais comme je l'ai dis, cet amour m'a changé. Même s'il me fût difficile de le canaliser au début, comme pour tout le monde je crois, à chaque fois que ce sentiment vous envahit, c'est un courant électrique qui vous parcours l'échine, et vous êtes heureux et malheureux la seconde d'après, vous vivez pour son sourire et mourrez l'instant d'après quand il part. Et puis, vous vous posez un tas de questions, que dis-je, des montagnes et des montagnes de questions. Car vous le savez, quand vous le vivez, vous avez l'impression que rien n'est réel, rien n'est fiable car la réalité se tords sous le poids de ce désir grandissant de le voir se réaliser. Vous questionnez donc votre rationalité, et ensuite vous questionnez chacune de ses actions cherchant une signification derrière chacune d'elles, tandis que vous questionnez les vôtres essayant de dissimuler les significations qui se cacherait également derrière chacune d'elles,... C'est pour cela je pense que ce manège de fous devient vite lassant, et il nous faut une réponse pour cesser les haut-le-coeur de cet ascenseur émotionnel. Je ne suis pas entrain de vous raconter que je n'ai pas vécu tout ça, car je l'ai vécu aussi intensément que possible, ainsi que la grosse déception qui suit la réponse de " j'ai réfléchis, car j'y ai pensé, et même beaucoup, mais tu es trop formidable pour moi...", ainsi que la colère, car qui répond ce genre de choses? Comment peut-on être trop bien pour quelqu'un? Mais comme je vous raconte le passé, vous savez déjà maintenant que cette personne a manqué de sincérité. Comme je vous le raconte aujourd'hui, je suis emplie d'une grande nostalgie, non triste, mais de celles, même si le souvenir fût triste, dont vous savez que l'expérience si elle n'avait été vécue ne vous aurait jamais amené à la personne que vous êtes présentement.

Suis-je passée du coq à l'âne en l'espace d'un paragraphe? Me suivez-vous toujours? Car je ressens le besoin de vous dire que je ne sais même plus comme continuer cette histoire, tellement elle me ravive de sentiments confus. Les sentiments, aussi passionnés furent-ils, vous épuisent. Mais comme je ne suis pas encore parvenus à vous communiquer la joie que je ressens d'être la personne que je suis actuellement, je poursuis...

Car après cet épisode tragique, je n'ai cessé de le voir. Avais-je le choix? Non, je dois vous le dire pour que vous compreniez mieux la situation. Avant que les sentiments ne viennent perturber la relation, nous nous côtoyions déjà depuis plusieurs années, qui se traduisent par le chiffre quatre. Et ces quatre années, nous étions trois à les vivre. Lui, moi, et un autre, dont l'histoire influence beaucoup le début de celle que je viens de vous raconter. D'ailleurs, si je veux continuer celle-ci je me dois de vous la raconter.

Premièrement, si je l'ai connu c'est grâce à lui. Ils se connaissaient déjà depuis plusieurs années avant que nos chemins ne se croisent. Si je l'ai connu, c'est que je l'ai voulu, bien avant que je le veuille Lui. D'ailleurs j'appris quelques années plus tard que lui aussi me voulait, mais notre relation évolua de manière à ce que ce désir inavoué se transforme en amour fraternel à force de se conter nos histoires passées, ce qui n'est pas plus mal. Enfin, je crois. Car il y a une différence entre ce qu'on aimerait croire et ce qui se passe réellement... Mais ça je ne l'appris que récemment. Serais-ce la raison pour laquelle il ne se passe rien entre nous? Je me pose souvent la question, sans pour autant oser y répondre. Comment voulez-vous en vouloir à quelqu'un que vous aimez de vous aimer? Même si cet amour est différent, que vous ne pourrez jamais l'aimer comme il vous aime, vous ne pouvez certainement pas le tenir en faute pour cela sachant que vous faites de même avec une tierce personne. Mais ça, c'est nôtre secret, comme ils partagent le leur. Vous l'aurez compris, cette histoire compliquée n'est qu'un re-make des liens ambigus que peuvent entretenir trois personnes qui se fréquentent autant que nous. Car nous nous voyions beaucoup, en fait je ne crois pas que nous considérons autant les autres personnes que nous côtoyons autant que nous nous considérons tous les trois. C'est la que réside nos faiblesses, tout comme nos forces. Car l'un sans l'autre, je ne crois pas qu'on en serait là où nous en sommes maintenant. Sans que ces mots furent échangés, nous savions pertinemment que nous nous étions créés notre petite famille, on ne devait rien à l'autre comme on lui devait tout. Certaines personnes verrait notre relation comme une prison mais c'est là qu'on trouvait notre liberté car on ne ressentait aucunement l'obligation de supporter les défauts de l'autres, et Dieu sait qu'on s'en plaignait ouvertement et souvent, pourtant on le faisait avec plaisir. Car entre enfants déchus, on se devait de se serrer les coudes. On avait décider de ne plus vivre notre malheur mais de cultiver notre bonheur, "on ne choisit pas sa famille, mais au moins on choisit ses amis".

Maintenant que vous savez cela, je dois revenir à la réponse dont j'ai été servie quand je lui ai avoué mes sentiments car il a rajouté "... et tu sais, il t'aime beaucoup...". Nous voilà donc dans l'impasse mais je l'acceptais, par amour pour ces deux personnes qui me sont chères je devais taire ces sentiments. S'en suivit alors les soirées de débauche, car il n'existe aucun autre remède à une histoire qu'une autre histoire, puis une autre, puis une autre,... Au final on enchaînait tout deux les conquêtes sans lendemain. Le plus étonnant est qu'on se suivait, partout. Aussi bizarre que cela puisse paraître, notre relation condamnée nous rapprochât. Peut-être par peur de la haine qui pourrait naître si l'on continuait notre vie chacun de notre côté? On se le répétait tout le temps, "où tu vas, je vais...", et à deux on conquerissait la nuit, carburant à l'alcool, puis à la drogue, et souvent aux deux. Malgré moi, j'attendais toujours, qu'un de ces soirs où nous rentrerions nous coucher de ces escapade nocturnes, qu'on saute le cap. J'attendis trois, quatre, cinq mois je crois... Et un soir, après une soirée malsaine qui avait presque duré 24h, on se coucha dans mon lit comme à notre habitude. Sauf qu'en plein milieu de la nuit, croyant rêver tellement je vibrais de plaisir, je me rendis compte qu'on était collé l'un à l'autre, nos corps avaient parlé d'eux-mêmes. Il couvrait ma nuque de baisers, et m'enlaçait fermement la taille, tandis que je me réveillais encore hébétée de la tournure qu'avaient pris les choses. Je pressais son visage contre ma nuque, pour faire durer le plaisir avant de virevolter et de l'embrasser pleinement. Inutile de vous raconter la suite. Ce que je vais vous dire par contre c'est que, autant l'instant précédant l'acte fût magique, autant je fus emplie de honte par après. D'ailleurs je ne lui adressai pas une parole et me rendormis. Le lendemain, on se réveillât comme n'importe quel autre jour et on ne reparla jamais de ce qui c'était passé.

Après ce soir là je voulais m'évader, ne plus croire en nous. Je crois que j'ai compris qu'il n'y en aura pas de toute façon, je ne saurais expliquer pourquoi. Peut-être était-ce le vide que j'avais accumuler durant cette année entière de célibat qui réclamait d'être rempli? Peut-être m'étais-je rendu compte qu'à force d'essayer de lui plaire et de forcer les choses, j'en avais perdu ma propre personne et mes vrais objectifs? Peut-être que je ne l'aimais pas vraiment, que je devais simplement faire de nouvelles rencontres? Toutes ces questions me tourmentaient, et mon manque d'hygiène de vie me fît un peu perdre la boule. Je développais une certaine paranoïa existentielle ou dépression, je ne sais pas, en tout cas je devais changer. Je recommençai à suivre les cours de façon régulière, je ne fumai plus que la cigarette, je restreignis ma consommation d'alcool au week end, je lisais à nouveau, je me remettais à dessiner, je rencontrais de nouvelles personnes, ...

Et tandis que je me reconstruisais, mon chemin croisa le sien. C'est dingue comme la vie est sournoise, car c'est quand vous ne lui demandez plus rien qu'elle vous fait un cadeau. Ce mec là était comme lui, mais physiquement et mentalement me correspondait mieux. Oserai-je même vous dire que ce mec là, c'était moi mais du sexe opposé? Car autant il possède des qualités que j'apprécie, autant on possède des défauts qui peuvent être très handicapants tel que la timidité des sentiments. Mais comme pour renforcer cette fatalité du destin, je trouvais que c'était mieux ainsi car ce défaut qui instaurait une certaine distance au niveau des sentiments me permis de ne pas trop m'emballer et de continuer à me focaliser sur mes intérêts. Mais je ne l'oubliais pas, et au plus la vie me souriait, au plus je voyais qu'elle s'assombrissait de son côté de la rive. On continuait de se voir, mais plus en duo, plus depuis que j'avais rencontré quelqu'un d'autre. C'est à partir de là que je me suis douté qu'il partageait peut-être mes sentiments, et puis il y avait ses questions bizarre sur comment fallait il faire si on avait rencontré la personne parfaite pour nous, ou comment se faisait-il que nous attisions la sympathie de tous quand nous n'étions qu'à deux, comment se faisaient-il que nous nous entendions aussi bien... Malheureusement, ne voulant plus retomber dans mes vieux démons, je lui répondais le plus platement possible. Je voulais tellement lui dire d'attendre, que notre moment n'était pas venu, qu'à l'avenir si ça devait se faire, ça se fera et que ce sera tellement beau... Mais rien ne sortait. Je me voyais heureuse, et par orgueil je ne voulais peut-être plus me rabaisser à son malheur. Ou serai-ce par peur? Peur de retomber dans le gouffre dont je m'échappe à peine? Ou peut-être faisais-je la conne comme il faisait le con, et attendais-je simplement qu'il me dise les choses clairement pour pouvoir lui dire clairement ce que je ressentais?

Au final cet amour je le garde au chaud, ou plutôt devrai-je dire qu'il me tient chaud, ou peut-être les deux pour finir. Ce tricot qu'est notre amour, il est pas bien foutus, on ne l'a jamais terminé au final, et l'a-t-on proprement commencé seulement? Mais tout deux on sait qu'il est là, et qu'il nous fera peut-être sourire dans des jours meilleurs, en tout cas cette simple pensée me fait sourire. Rien n'est sûr en amour, tout est contradictions, et je crois que c'est ce qu'on y cherche... La contradiction des cons amoureux.

Commentaires
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Bernyberne, le 17 juillet 2015, à 10:24 :

Merci beaucoup, c'est le genre de commentaire qui, en tout cas, encourage. Ca fait du bien de savoir que les lecteurs peuvent s'y retrouver malgré le caractère très personnel du texte, on se sent "connecté", pas seul. Encore merci à toi qui a eu la patience de me lire.

1292

macmist, le 27 juin 2015, à 19:28 :

Cet texte me rappelle tellement de choses... Les faits et gestes et le style d'écriture ont su toucher mon âme. Très profond, et bien écrit. "Bravo" même si je ne sais pas si c'est le genre de choses que vous attendez après un texte comme celui-ci.


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