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coburit

coburit
Écrivain confirmé

Classé dans Nouvelle
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Date de création :
le 10 mai 2014, à 09:16

Dernière validation :
le 11 mai 2014, à 14:59

La visite

C'est une petite maison de banlieue, entourée d'une pelouse bien tondue, avec un potager. Quelques fleurs parsèment la pelouse, lui donnant un air champêtre, et deux nains de jardin observent les allées et venues. Dans la cuisine Ikea, Luc et son épouse Catherine déjeunent. Un café bien chaud sortant de la dernière machine expresso Turbo.
Luc: -" ce matin, je conduis maman à sa visite annuelle avant d'aller au bureau. "
Catherine: -" Oui, j'espère que tout va bien se passer ."
L.: -" Maman me semble en bonne santé, bon il faut qu'elle se dépêche."
A l'étage, dans une chambre coquette, avec des photos de sa famille posées sur un petit
bureau d'acajou, Liliane termine de s'habiller. Elle vient d' avoir soixante dix ans , et pour la cinquième fois, elle passe sa visite annuelle. Une douce sérénité se lit sur son visage, elle entend dans la cuisine son fils et sa femme discuter. Son mari était mort l'hiver dernier, une mauvaise grippe avec beaucoup de complications. Tout en enfilant son manteau, elle entend des pas dans l'escalier. Son fils toujours en train de s'impatienter.
Luc:-" Alors maman, tu viens, je vais être en retard au bureau. Il faut que je te conduise au dispensaire."
Liliane:-" Je suis prête, on peut y aller."
La Toyota hybride de son fils les attend dans l'allée, il en était fièr de sa voiture écologique, un solide point d'appui pour réduire la dette pétrolière. Ils quittent la maison et roulent vers le dispensaire.
* * *
Les dispensaires ont poussés comme des champignons en Europe, toujours construit selon le même plan. Un bâtiment de deux étages en forme d'ovale, entouré d'un parc à l'anglaise avec un parking souterrain. Pour réduire la dette , ils avaient remplacés les hôpitaux classiques. Les personnes à la retraite devait chaque année passer la visite, un acte citoyen voté à l'unanimité par le parlement européen.
* * * *
Ils arrivent enfin au dispensaire. Dans le parking, plusieurs voitures étaient immobiles.
Luc-" Bon maman, on est arrivé. Passe une bonne visite. Je viendrai te chercher vers dix neuf heures."
Une petite bise et Liliane descend de la voiture. UN signe de la main et le voila repartit vers son bureau. Autour d'elle, d'autres gens sont descendus de leurs voitures. Des cheveux blancs qui se surveillent mutuellement. Liliane se décide et d'un pas décidé elle quitte le parking. Une allée en béton traverse le jardin et se dirige vers le dispensaire. Il fait beau ce matin, un soleil amical réchauffe sa peau. Le ciel est sans nuage.
Sans s'en rendre compte , elle arrive devant les portes en verre du dispensaire. De jeunes gens vêtues de leurs uniformes bleus entrainent les petits vieux à l'intérieur. Une jeune asiatique lui prend son bras et l'entraine elle aussi.
-" Venez madame, je suis votre infirmière. "
La grande salle d'attente est entièrement blanche, au plafond des colombes en plastique se balancent au bout de fil de nylon, une musique easy listening en sourdine. Des moniteurs indiquent le chemin, puis Liliane arrive au bureau du médecin. La jeune femme lui enléve son manteau et sort en refermant la porte. Devant elle, un trentenaire, un Brad Pitt souriant.
- " Bonjour Madame, nous allons commencer l'examen médicale. Vous n'avez par de DMLA ?"
Liliane:-" Non docteur, j'ai toujours une bonne vue."
d:-'On va voir, ma petite dame." puis il se mit à rire, toujours donner confiance.
L'examen se passa bien, puis le docteur la conduit dans une autre pièce. Au centre, un vélo d'appartement relié à des électro-cardio.
-" Bon, on va voir si vous pouvez suivre vos petits enfants pendant une promenade en vélo. Installez vous, je vous pose les électros. "
Liliane se déchausse et grimpe sur la selle. Les mains froides du docteur posent sur sa peau les pastilles .
doc-" Maintenant, pédalez un quart d'heure, et à fond n'est ce pas." Son sourire n'avait plus rien d'amical, c'était celui d'un carnassier.
Liliane commence à pédaler, ses jambes moulinent. Sur sa gauche, elle voit le battement de son cœur. Le docteur s'asseoit et regarde son I-Phone.
Elle pédalait depuis dix minutes quand une infirmière entra dans la pièce.
-" Docteur, on a perdu trois vieux. Un bon départ pour la Dette."
-" OUI, un bon départ, ma petite. Combattons la Dette "
Liliane les écoute, assise sur son vélo. Combattre la Dette, passer la visite et s'en sortir. C'était son crédo depuis cinq ans.
-" Vous pouvez arrêter de pédaler. C'est fini pour moi. On va vous conduire à l'auditorium."
La jeune l'aide à descendre puis en lui prenant le bras l'emmene à l'épreuve finale.
* * * * * * * * *
L'auditorium faisait salle comble. On l'installe devant son pupitre. Une tablette posée
l'attendait. Les visages autour d'elle semblaient fatigués . Le grand écran s'allume tout allait commencer.
Sur l'écran on vit apparaître les trois idoles, Julien Lepers, Bertrand Renard et le petit nouveau Cyril Féraud. Côte à côte, les nouvelles Parques.
jl-" Salut les cheveux bleus, c'est juju pour questions pour un lendemain!"
BR-" Je suis sur que vous êtes prêts pour votre compte est bon."
CF-" Salut les papys et les mamys.. Luttons contre la Dette."
Liliane n'en pouvait déjà plus, le vacarme était assourdissant. Bertrand Renard arrive en gros plan, épreuve de calcul.
BR-" On commence par un petit compte. voici les chiffres et votre but. Vous avez une minute."
Sur la tablette, Liliane réussit à trouver le compte en quarante secondes. Ses mains tremblent. Elle voit des infirmières s'approcher de ceux qui se sont trompés. Sans heurt elles les entrainent vers une porte rouge marquée " Game Over."
JL-" On commence questions pour une vie, je vous aaadodoreeeee...."
CF-" Allez papis et mamies, un gros poutou."
Liliane n'en peut plus, les questions défilent , elle appuie au hasard. Une main se pose sur son épaule, elle se lève . La jeune infirmière la conduit vers la porte rouge.
* * * * * *
Son fils arriva vers dix neuf heures, il attendit sa mère un quart d' heure puis il rentra chez lui. Dans le ciel, une haute cheminée crache une fumée noire et épaisse. Une haute cheminée d'un grand incinérateur. Combattons la dette, chantonne son fils, une larme sur sa joue.

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