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Greapers

Greapers
Nouvel écrivain

Classé dans Nouvelle
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Date de création :
le 1 avril 2014, à 22:13

Dernière validation :
le 3 avril 2014, à 05:16

déchiré par les souvenirs

Il y a des fois où je haie le terme obligatoire, et ce moment est certainement l’un des plus grands, on devrait avoir le droit de refuser les choses que l’on ne veut pas faire. Le refus est causé par une raison, elle peut être futile, mais elle peut aussi être justifiée. J’ai toujours réussi à éviter de mettre mon corps en avant, donc je me suis interdit à aller à la piscine. J’ai réussi jusque-là, mais ce semestre l’établissement a décidé de remplacer la boxe par piscine, seuls ceux allergiques au chlore sont autorisés à louper ce cours. J’ai bien entendu tenté d’éviter, mais mon docteur est loin d’être facilement soudoyable, je l’ai tout aussi haïe que l’établissement, les sanctions si je sèche le cours m’oblige donc à y aller. Je n’ai pas envie. Je doute que si j’avais expliqué pourquoi je refuse d’y aller j’aurais été exempté, expliquer est certainement la seule raison qui me refuse à le faire. Mes parents le savent, ou du moins leurs passé, nous n’avons plus parlé de ce sujet depuis bientôt deux ans, c’est encore assez frais pour… je ne pense pas réussir un jour à parler de ces choses, il est peut-être préférable de ravaler chaque souvenir qui tente de remonter plutôt que de les laisser sortir, c’est ma douleur et les autres n’ont pas à être accablé par celle-ci.
La nuit fut longue, j’ai passé la moitié du temps à réfléchir comment faire, j’ai trouvé une photo de la piscine sur internet, si je mets ma serviette sur les épaules, la pose uniquement sur l’une des chaises longues au fond à droite et que je descends du côté grand bassin personne ne verra… ce plan a une chance de marcher, je sais que j’aurais l’air bizarre avec ma serviette, telle une parodie de superman, mais je préfère cela que de les laisser voir.
Je me réveille par le soleil, sèche mes larmes et désactive mon réveil avant qu’il ne sonne. Une fois lavé et habillé je prépare deux sacs, l’un avec mon ordinateur, un bloc note principalement utilisé pour du dessin et faire croire que j’écris et l’autre aux affaires de sport, un jogging et bien entendu le foutu maillot de bain. Le doute commence à s’installer, j’ai réellement envie de louper ce cours, mais étant boursier je ne peux le louper ou du moins je ne peux louper deux séances sans justificatif. Il est peut-être préférable de garder ces deux bonus aux jours où la pression deviendra trop pesante et m’obligera à ne pas y aller.
Les clés sur le contact je pèse encore une dernière fois le pour et le contre, mais le combat n’est pas équitable il y a peut-être plus de pour que de contre, mais le poids joue aussi un rôle et rend le calcul impossible. Je tourne la clé et démarre en trombe comme pour m’obliger à avancer, une fois partie je n’aurais d’autres choix que de continuer à rouler. Après vingt minutes à rêvasser et à conduire sur une route que j’ai appris à connaitre depuis déjà un semestre, j’arrive au parking face au terrain d’athlétisme, je suis le premier à arriver comme à mon habitude, je préfère être en avance, j’ai déjà mis mes affaires de sport se matin, je garde mes habilles classique dans mon sac, cela me fait un changement en moins à faire. Au bout d’une demi-heure quelque personne de mon groupe commence à arriver, on ne se salut pas, il y a des regards, mais rien de très sociable, je n’ai pas réussi à m’intégrer, peut-être une peur de perdre encore, à moins que je sois resté dans les ténèbres assez longtemps pour perdre les notions de base du contact humain. Cela dit, Alexandre avance vers moi, je lui rends son sourire, le seul qui par son côté un peu déluré et son habitude a divagué sans raison m’a excusé de mon habitude solitude et m’a quelque peu forcé à m’entendre avec lui. Je ne cherchais pas à me faire d’ami, juste à faire du sport, à extérioriser mon énergie jusqu’à épuisement, le sommeil est plus simple quand le corps force le cerveau à le suivre dans son envie de repos.

- Salut, ça va ? demanda-t-il en reproduisant un serrage de main vu dans un film au cinéma.
- Ça va, et toi ?
- Ouais, week-end un peu trop rempli, je n’ai rien fait. Dit-il en faisant craquer son cou.
- Pareil, la course n’en sera que plus facile.
- Reposé ou non, hors de question de faire d’effort, la prof tient pas un tour alors pourquoi faire mieux qu’elle, il faut respecter ces ainés. Dit-il légèrement amusé
Il est vrai que je ne pense pas avoir vu la prof faire un seul des exercices qu’elle nous impose, c’est peut-être ça son rôle, avoir l’air en forme, car tout n’est que façade. Une fois la licence terminée c’est peut-être à ça que je passerais mes journées, prof de sport, je me suis inscrit en SUAPS sans vraiment savoir pourquoi, ou du moins je sais qu’avoir couru jusqu’à épuisement pour rattraper ces deux années enfermées dans ces dix mètres carrés m’a donné envie de courir plus, plus vite, plus longtemps. Se vider la tête de cette façon semblait être une bonne idée, et l’habitude installée je pense que cette section me va, je ne sais pas qu’elle future cela me donnera, mais j’y réfléchirais plus tard. Une fois la prof arrivée et tout le monde changé, nous nous échauffons avec quelque réticence, puis on part tranquillement sur trois tours de terrain, ça chauffe, mais rien qui me fait ralentir, en revanche Alexandre est légèrement derrière moi et a déjà commencé à haleter. Je ralentis la course me concentrant plus sur de grandes enjambées que sur des mouvements rapides, les tours se terminent sans avoir fourni de réels efforts, ce ne sont que les tours de chauffe, mais n’ayant plus de réelle notion de douleur je ne pense pas que la suite soit plus rude que maintenant. Les deux heures passèrent plus vite que prévu, il est vrai que nous avons autant fait de pauses sur la pelouse au centre de la piste d’athlétisme que nous avons couru. Alors que nous nous dirigeons vers les vestiaires l’angoisse me reprend, j’ai transpiré c’est donc normal que je doive me changer, de toute façon il suffit que je garde le dos au mur et tout ira bien, je devrais avoir l’habitude, je fais ça depuis le début d’année scolaire. Je pose mon sac sur le banc qui fait l’angle du mur, inspectant les alentours pour éviter de me dévoiler lorsque quelqu’un regarde. J’enlève mon t-shirt et sans me retourner je le pose sur mon sac, une fois avoir mis du déodorant et un nouveau haut, l’inquiétude part de la même façon qu’elle est arrivée, je me tourne enfin pour enfoncer mon t-shirt de sport au fond du sac et sortir mon pantalon.
Deux heures pour manger avant d’aller à la piscine, le sport et le petit grognement de mon estomac m’ordonnent de manger, mais la seule idée du cours d’après semble être plus fort, je ne peux rien avaler, je fais acte de présence à la cafétéria avec Alexandre qui lui, évidement ne semble aucunement gêné.
Je torture mon pain en le morcelant pour m’occuper alors que mon équipier mange, j’entame mon yaourt en même temps que lui, ce qui a pour effet de me donner la nausée, heureusement que nous, ou du moins Alexandre à manger vite ce qui me donne le temps d’essayer de déstresser et de me remettre de ce yaourt.
Je pensais que parler de tout et de rien me ferait oublier mon angoisse, et ça a marché durant dix minutes, mais plus l’heure du jugement s’approche plus cette angoisse grandie. Je ne laisse rien paraitre, c’est certainement l’une des choses que je sais le mieux faire, je n’ai pas réellement eu le choix d’apprendre à vrai dire. Trente minutes avant l’heure nous partons à pied jusqu’à la piscine qui se situe à à peine dix minutes de la cafétéria. Mon esprit cherche des sujets de discussion pour faire passer le temps et éviter de penser à ce putain de cour, mais rien n’y fait il y a comme un blocage, quelque chose qui m’oblige à ne penser à autre chose, c’est une torture, différente de…
mes jambes deviennent lourde, j’opte pour accélérer le pas, car je ne suis pas sûr de réussir à tenir longtemps comme ça, avec un peu de chance être face à mes responsabilités me forcera à passer outre cette envie grandissante de fuir.
En avance, nous attendons à côté d’un élève d’un autre groupe, fixant le sol sans tressaillir, je ne suis peut-être pas le seul à refuser ce cours, mais sûrement à avoir cette raison. Le hall se remplit en même temps que mon corps de peur, mais il est trop tard pour reculer, le prof entre avec ces magnifiques lunettes de plongé verte fluo, serviette dépassant d’un sac à dos digne d’un collégien. Nous le suivons dans les vestiaires pour homme, puis nous séparons pour nous changer, je pose mon sac sur le banc collé à la cloison et fixe ma serviette ainsi que mon boxeur de bain, mais plus j’attends plus j’ai le temps de réfléchir et c’est loin de m’aider. J’enfile ça en vitesse, m’entoure dans la serviette cachant intégralement mon dos par la taille de celle-ci, j’ouvre discrètement la porte donnant vers le coté piscine, les autres attendent serviette en main et frissonnant par la température ambiante. Alexandre me fit signe de venir, puis tourne le regard pendant que je le rejoins, alors que j’ouvre la bouche pour parler, il me devance.
- Regarde ça. Dit-il sans bouger son regard.
Suivant le sien, je tombe sur Marie, tenant ses mains près de corps, apparemment mal à l’aise ; d’un physique assez classique, brune un peu frisée, yeux marrons, un mètre soixante-cinq, soixante-sept, très maigre. Je la trouve vraiment belle, Alexandre n’est pas du même avis ce qui me pose la question de pourquoi il l’a regarde aussi intensément.
- Je n’aurais jamais cru qu’elle est des… enfin pour quelqu’un qui semble vachement prude ils sont gros. Dit-il une lueur affamée dans les yeux.
Là je suis perdu, elle a une poitrine proportionnelle à sa carrure, donc assez petite, ce qui lui rajoute du charme, bien que je lui en trouve déjà bien assez. Son regard se tourne, croisant le mien et pris dans le malaise je remarque enfin ce que Alexandre voulait dire, attiré par elle je n’avais pensé a regardé à ces côtés, Stéphanie, je ne me souviens pas l’avoir vu avec quelqu’un d’autre avant, c’est une assez jolie châtain foncée, yeux bleus verts, aussi minces que Marie, mais bien plus grandes, sa tête arrivant aux épaules de celle-ci. Et il est vrai qu’elle cache assez bien ses formes, je n’aurais jamais pensé à cette taille-là, mais à vrai dire je n’y avais pas réellement fait attention, c’est une fille vraiment discrète alors pourquoi parler d’elle, et malgré mon attirance pour Marie je n’ai jamais eu l’intention de penser aux filles, pas qu’elle ne m’intéresse pas, mais je suis devenu un solitaire, le choix n’est pas de moi, mon passé semble tout faire pour que je devienne un ermite afin de ne plus rien revivre de pareil.
- Qu’est-ce que vous attendez ?! allez ! tous à l’eau. Ordonna le prof.
Avançant en troupe je me sépare de celui-ci pour déposer ma serviette du côté droit du bassin comme prévu, le dos au mur vitré je fixe le monde présent, espérant ne pas attirer l’attention. Une fois la serviette posée je me dirige vers le bord du bassin, l’eau translucide me rappelle qu’il m’est interdit de me tourner. Je glisse un pied dans l’eau, aussi froide que dans… je stop cette pensée et retourne à mon ascension, me laissant doucement atteindre un rebord qui stop l’eau au niveau de la base de mon cou. Alexandre réussi enfin à s’immerger au bout de quelque minute d’attente, il n’est pas facile de faire passer trente élèves sur une si petite échelle, j’ai aussi évité les réprimandes du prof qui semble ne pas vouloir de gens passants autrement que par l’échelle, ou du moins pas tant qu’ils ne sont pas déjà entrés dans l’eau avant. Côte à côte, on regarde les gens entrés dans l’eau, je reste immobile, le froid me dérangeant plus, ce qui n’est pas le cas de mon collègue qui sautille sur le rebord dans l’eau pour se réchauffer un peu.
- On va à l’opposé, je suis vraiment nul en nage donc deux mètres trente ça fait profond.
Je ne suis pas bon non plus, je n’ai pas été sous l’eau depuis qu’il m’y a forcé, j’hésite un peu, mon dos serait exposé si j’y vais, à moins que je m’accroupisse suffisamment pour avoir la même hauteur d’eau que maintenant.
- Comme tu veux. Dis-je anxieux
Il hochât la tête, pris son souffre, et s’engouffra dans l’eau, il semble invisible par le reflet des spots et du soleil sur l’eau, il est peut-être préférable pour moi de plongé aussi profondément pour que l’eau me cache jusqu’à atteindre l’autre côté. Prenant mon souffle, et mon courage à deux mains par la même occasion, je m’immerge ; l’eau s’infiltre dans mes narines, me donnant une impression de passé. Entre deux bulles les ténèbres s’installèrent.
J’ai peur, il fait si sombre, la pièce est tamisée par une simple ampoule tenue par ses propres fils électriques, je ne pense pas avoir déjà vu la couleur des murs. Mes jambes n’arrivent pas à me soutenir, mais sa main tenant mes cheveux m’oblige à avancer tant bien que mal, la tête maintenant face à une baignoire laissant apparaitre son vieil âge par de nombreuses taches noires sur les bords.
- Ce sera pour toi l’occasion de prendre un bain, ma bonté me perdra. Dit-il avec sa voix rauque remplie de haine.
Je n’ouvre pas la bouche, je l’ai déjà assez eu déboité pour avoir appris que se taire est la seule façon d’accélérer ces actes et d’éviter d’autres os cassés. Je fixe l’eau, je ne sais pas à quoi m’attendre, c’est la première fois qu’il utilise ça, sans prévenir je me retrouve la tête sous l’eau, surpris j’inspire assez pour me noyer instantanément, ça prise continu, mes yeux commencent à fatiguer, un bourdonnement s’installât dans mes oreilles. Et avec la même surprise du début il ressortît ma tête, bien que n’arrivant plus à voir de loin je pus constater ce sourire qu’il a quand il joue aux scalpels, voyant que je perds connaissance il lança sont poing directement dans mon estomac ce qui eut pour conséquence de me faire recracher toute l’eau que j’avais gardée dans mes poumons.
- Je ne te laisserais pas t’évanouir, on commence à peine à s’amuser. Dit-il grandissant sont sourire
Je remontai à la surface en même temps que de l’eau, appuyé sur le rebord je reprends mon souffle, je n’es pas repensé a cette méthode depuis bien longtemps, ce n’est pas la plus marquante, mon cerveau a d’autres souvenirs bien mieux que celui-là pour me faire craquer dans mon sommeil, je ne me souviens presque jamais de mes rêves, chaque matin j’essuie mes larmes sans savoir qu’elle souvenir a bien pu les faires tomber, et c’est peut-être mieux ainsi. Des bruits d’effrois résonnèrent autour de moi, mais l’eau dans mes oreilles ainsi que le choc du souvenir me laisse léthargique sur le rebord, je fixe le carrelage au sol sans savoir pourquoi, plus rien ne semble bouger, j’attends de me remettre de mes émotions avant de faire le moindre mouvement dans l’eau, je sens au fond de moi qu’un mur vient de s’effondrer et que le moindre rapport à mon passé le ferait resurgir des ténèbres.
- Où tu crois qu’il s’est fait ça ? demanda une voix féminine au loin
- Ce n’est pas normal. Dit une autre
Ma respiration commence à reprendre son rythme normal, je lève mon regard vers le mur vitré face à moi, la lumière m’éblouit comme-ci mes yeux avaient regagné l’habitude de l’obscurité. Une sensation de touchée raviva ma peur, personne n’a touché ces cicatrices depuis lui, je sors de l’eau comme-ci ma vie en dépendait. J’entrevois Marie la main en suspens, ne bougeant plus, surprise par ma réaction, une vague de peine la fit perdre son état catatonique.
- Il est l’heure de rafraichir tes cicatrices. Dis l’homme
La lumière peu présente dans notre captivité à tendance à bruler nos yeux. Paniqué je reculai au sol, les larmes coulèrent, faisant sortir ma peur, la pièce m’obligea à ne pouvoir aller plus loin, dos au mur j’abandonnai tout espoir. Les paupières closes pour lutter contre l’éclat du jour il me trainât par les cheveux vers la salle, balancé contre une table orientée à la verticale mon arcade recommença à couler, je commence à ouvrir les yeux, puis il m’attacha a la table, lui tournant le dos, avant de la mettre face à la lumière afin de mieux voir ce qu’il fait. Le son de sa pochette a scalpel provoqua une vague de terreur, je le connais, il y a peut-être quelque semaine qu’il s’amuse à ça, au départ il s’agissait d’incision, mon dos lui servait de défouloir, chaque entaille, chaque cri l’excitaient, comme des préliminaires avant de s’en prendre à Coralie. Puis il a commencé à se poser des questions.
- Que donnerait une cicatrice après plusieurs rafraichissements.
Scalpel en main il incisa la plus vieille de mes cicatrices, je retins au début ma douleur, mais je finis par craquer, je ne pense pas avoir déjà crié aussi fort, la douleur commença à me faire sombrer, mais avec le temps j’ai finis par m’interdire de m’évanouir, faire cela serait lui donner quartier libre, et je ne préfère pas savoir de quoi il serait capable dans ce cas-là. Au bout d’une heure mon corps perdit toute énergie, je fixai les ténèbres cachant le mur, ma main baignant dans un liquide collant, soit ma salive que je n’avalais plus et laissait s’échapper de ma bouche involontairement, soit mon sang s’échappant de mon dos couvert de nouvelles incisions.
Il finit par me détacher, le sourire aux lèvres il me prit sur son dos, mes jambes ne répondant plus, je le laisse me renvoyer dans ma pièce, mais sans se soucié de mon état il lâcha son emprise, me laissant tombé à moitié sur le matelas posé au sol, l’épaule claquât contre le béton, mais aucune douleur n’arrivât, mon esprit lui-même ne répondant plus a aucun stimulus.
- Remercie-le, ça ne devrait pas être long, il m’a mis de très bonne humeur, si tu vois de quoi je parle. Dit-il en ricanant.
Tournant la tête je vis Coralie en position fœtale sous son lit, elle a pris l’habitude de s’y abriter lorsque je ne suis pas là. Toujours sans énergie je regarde la scène sur mon matelas couvert de sang. Il l’attrapa par les cheveux et la tira hors de la pièce, elle luta tant bien que mal, mais c’est peine perdue, ces quarante kilos ne peuvent pas gagner face à cet homme. Dans le noir, j’attendis son retour, après quelque semaine, ou du moins l’impression de quelque semaine, j’ai pris l’habitude de la réconforter après qu’il se soit occupé d’elle. Elle revenait au départ avec quelque hématome et ces habits déchirés, qui finirent par perdre leurs buts initiaux. Au bout d’un certain temps, des pas lourds s’entendirent, se dirigeant vers moi, la porte s’ouvrit laissant la lumière m’aveugler. Quelque chose tomba au sol puis il repartit comme il est venu, dans le silence. Une fois ma vue réajustée je pus enfin découvrir l’état de Coralie, allongé au sol, les yeux vides légèrement cacher par ces cheveux collant a son visage par la transpiration, sa respiration rapide et forte angoissa le son ambiant si paisible avant. Une image s’interposa, la dernière, écroulé au sol je m’approche d’elle, à son habitude sa respiration est rapide après qu’il soit passé, mais là le silence resta, la peur s’installât rapidement. Je me précipite vers elle sans me soucier de ma propre douleur, son corps est lourd, sans mouvement. Deux doigts sur sa carotide confirmèrent ma crainte, les larmes coulèrent à nouveau sur mes joues, mais cette fois ce fut pour une souffrance interne, loin de ce que j’ai eu l’habitude d’endurer. Une douleur sentimentale peut parfois être aussi, voir plus douloureuse qu’une douleur physique. La lumière passant par la serrure illumina son visage inerte.
- Coralie. Criais-je
Mon cri déchira le souvenir et m’envoya face à mon groupe, me fixant comme-ci j’avais fait quelque chose d’affreux. C’est pour cela que je n’ai jamais voulu en parler, l’incompréhension n’en serait qu’accrue s’ils assistaient aux flash-back. J’ai déjà vu le regard de l’infirmière qui a examiné mes marques après avoir réussi à sortir de cet enfer. Une autre l’a remplacé après qu’un collègue est aperçu ces tremblements et son état de choc, à ce moment le rafraichissement datait du matin même, je ne lui en veux pas d’avoir craqué aussi rapidement, je n’ai pu regarder mes marques que plusieurs mois plus tard. Mais qu’elle aurait été sa réaction si elle avait pu voir en moi, c’est ce que ces souvenirs font lorsque je les raconte, ils m’ouvrent et libère ce qu’il y a de plus sombre dans cette histoire. Je me suis habitué aux cicatrices, mais celles au fond de moi saigne encore, tenter de les observer serait risqué dans sortir aussi trempé que moi.
Le prof arriva vers moi, me tendant la main pour m’aider à me relever, malgré le tremblement je la saisie et me leva avec difficulté, mes jambes sont à la limite de me laisser m’écrouler, mais je tiens le coup, il y a des habitudes qui ne se perde pas. Leurs regards pèsent sur moi, je comprends que Alexandre est l’air surpris, il a le mérite de n’avoir que cette expression-là. Mon regard croise celui de Marie, je perdis l’espoir d’un jour pouvoir ne serait-ce lui montrer mon attirance pour elle, son expression mélange la surprise et le dégout, s’il y a bien quelqu’un à qui j’aurais aimé ne jamais voir ça c’est bien elle. « Il me fait de la peine » est la phrase qui tourne en boucle dans ma tête lorsque je la regarde, c’est ce qu’elle pense, je ne peux pas réellement le savoir, mais j’ai déjà vu ce regard chez mes parents lorsqu’ils ont vu pour la première fois ces marques. Lorsqu’elles se dévoilent, je deviens le gamin que l’on a torturé pendant deux ans, l’enfant à qui il est préférable de la fermé sur le terme « passé » et à qui il faut parler de la même façon qu’a un gosse qui s’est égratigné le genou en tombant.
Détournant le regard j’avance aussi rapidement que je le peux, mais mon corps ne semble pas vouloir faire d’effort, la remonté des souffrances à demander autant d’effort qu’une vraie ascension et en repensant a la profondeur où je les aie enfouit je m’étonne d’être encore conscient.
- Tu crois qu’il a eu ces marques comment ? demanda une fille de mon groupe à son amie choisissant de regarder le fond du bassin plutôt que de me fixer telle une bête comme les autres semblent préférés.
Sa jeune amie laissa la question en suspens, j’aimerais leurs en vouloir, pouvoir crier a qu’elle point chaque question posée, même indirectement gratte le mur sur lequel je m’adosse, un mur laissant le vent du passé traversé par les failles, mais qui jusqu’à aujourd’hui tenait debout sans faillir.
- Coralie ? Celle de notre classe ?
La question me frappa de plein fouet, ou du moins le prénom ; les failles finirent par se rejoindre, me laissant sans pare-feu je m’écroule en même temps que mon mur. Les ténèbres m’engouffrèrent à nouveau. La pièce illuminée par le soleil passant à travers des rideaux rouges me rappela quelque chose, je connais cet endroit, c’est ici que j’ai raconté pour la première et dernière fois l’histoire de Coralie. Sur conseil du médecin ma mère prit rendez-vous chez le psy, loin de moi l’envie de m’ouvrir à quelqu’un, mais je ne discute pas et laisse les jours défiler avant l’heure fatidique de la séance.
- « C’est déjà un grand pas en avant, me dire tout ça… sur ce qui s’est passé pendant ces deux ans, il fallait que ça sorte, le garder en soi n’aurait fait qu’accroitre son importance et pesé lourd sur ta conscience. » Dis le psy après lui avoir expliqué ma captivité et les sévices endurés aux quotidiens. « Maintenant, parle-moi de ce que tu as ressenti quand tu es sortie. »
- « Mal, je l’ai utilisé, j’ai couru de peur qu’il me rattrape, je n’ai même pas pensé à regarder où est-ce que j’avais été enfermé… puis j’ai ralenti, pendant un instant j’ai eu comme une vague de bonheur en voyant que tout était finis, puis j’ai réalisé que je connaissais cette scène… tous les soirs je la voyais, le plus dur n’est pas de rester enfermé, mais de sentir pendant un bref instant la liberté caresser votre espoir puis vous faire retombé dans l’enfer que vous venez de quitté, j’ai donc cru que c’était encore une fois un rêve ». Le souvenir fit jaillir en moi une colère que je n’avais pas ressentie depuis bien longtemps. « Mais je n’ai pas réussi à me réveiller, je n’arrivais pas à croire que j’étais réellement dehors alors j’ai cru être partie trop loin dans mon rêve pour pouvoir en sortir, je m’y suis résigné assez vite après tout ce n’est pas la façon dont j’ai quitté cet endroit qui est important, mais le faite que ce soit fait. »
- Il est normal d’avoir eu cette réaction, après ce que tu as vécu ton esprit ne voulait tout simplement pas être pris de court par un retour à la réalité aussi brutal si tout n’était qu’un rêve, j’aimerais que tu me précises le début de ce que tu viens de me dire le « je l’ai utilisé ».
Un flash vient perturber mes pensées, celui de moi serrant sa cravate jusqu’à ce qu’elle s’arrête de se débattre. Je l’ai utilisé, du moins ça a fini par être un appât, je voulais la sauver et c’est moi qui me retrouve en vie dehors. Mais je ne commence pas mon explication par elle, si j’ai fait ça c’est uniquement parce Coralie avait affecté ma façon de penser.
- Il avait pour habitude de me torturer, ça l’excitait, mais il n’avait aucun penchant homosexuel alors il se servait de Coralie pour assouvir ces besoins que j’avais exacerbés. Au départ il la… il s’en servait uniquement comme on se servirait d’une poupée gonflable, puis ces pulsions son devenu étrange, il a commencé à me noyer, Coralie revenait dans les vapes. Des pulsions morbides, il la poussait à s’évanouir avant de l’utiliser. Et un jour il l’a déposé en disant « prend soin d’elle en attendant que je t’en trouve une nouvelle », j’ai eu peur de découvrir pourquoi il avait dit ça, elle était morte, il l’avait tué puis avait fait comme à son habitude.
Une violente nausée m’arrêta dans mon élan.
- Tu peux t’arrêter là si ça ne va pas, tu as déjà fait dix fois plus que n’importe qu’elle autre de mes patients, on pourra en reparler la prochaine fois. Dis le psy en posant sa main gauche sur mon épaule.
Je n’ai pas l’intention de revenir, il est préférable d’en finir, ce qu’il veut c’est mon histoire, alors c’est ce qu’il aura.
- Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça, je l’ai pris dans mes bras et comme à mon habitude je l’ai réconforté… en fait non, je me suis réconforté avec son corps, elle n’avait plus peur, mais moi si. Le lendemain il avait déjà trouvé un autre jouet, une jeune fille asiatique brune, tout le contraire de Coralie, elle portait un uniforme scolaire, celui que l’on voit dans les écoles privé. Il s’en est servie la veille, elle est revenue inconsciente, la bouche ensanglantée par les coups de poing les habille arrachés et du vomi sur ce qui restait de ceux-là. J’ai reconnu l’état dans lequel était Coralie la première fois qu’il l’avait utilisé, je n’en pouvais plus, je ne voulais pas revivre encore une fois la mort de la seule personne qui me restait, alors j’ai enlevé sa cravate, je l’ai passé autour de son coup et serré aussi fort que je le pouvais. Elle s’est réveillée, mais ça n’a pas duré longtemps, à bout de souffle elle est retombée, mais sans aucune possibilité de revoir la lumière cette fois. Lorsqu’il est revenu, il a vu le corps, il s’est accroupi face à elle, ces pulsions morbides l’ont assez déconcentré pour que je puisse le frapper aussi fort que possible à la tête pour qu’il s’évanouisse, c’est comme ça que je me suis enfui, grâce au meurtre que j’ai commis.
Alors que les derniers mots résonnent encore dans la pièce, ma main droite fut saisie par quelque chose, la pièce s’effondra pour laisser paraitre le plafond blanc de la piscine, sur ma gauche le maitre-nageur et le prof me fixèrent d’un air proche de l’infirmière que j’avais traumatisée par mes blessures. La bouche ouverte et sèche m’informa que j’ai certainement parlé à voix haute dans mon flash-back, ma main serrât fort quelque chose, je me tourne rapidement pour voir de quoi il s’agit. Elle est là, les yeux retenant mal ces larmes me confirmèrent l’hypothèse du monologue, Alexandre se tient à sa droite tout aussi sous le choc que les deux adultes. Pendant un moment l’idée de courir aussi vite que possible me traversât l’esprit, peut-être même changer d’établissement scolaire, mon passé est comme les radiations d’une centrale nucléaire, impactant chaque personne qui s’en approche et provoquant l’éclatement de tout ce qui fonctionnait bien chez la personne. Mais à ma grande surprise ils se levèrent un par un et tenant toujours la main de Marie, le prof tendit la sienne pour ajouter son aide à ma tentative de me relever. Leurs expressions terrifiées semblent avoir disparu, en façade rien ne parait, je ne sais pas comment le prendre, ai-je le droit d’être considéré comme avant tout cela. Mais c’est dans leurs yeux que j’ai enfin compris, jamais je ne serais vu comme avant, un retour est impossible, mais je ne serais pas non plus le déchu, peut-être qu’au départ les gens seront distants avec moi, mais Alexandre et Marie semble voir la situation différemment. C’est peut-être ça le plus important pour l’instant.
FIN

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