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Meh

Meh
Écrivaillon

Classé dans Nouvelle
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Date de création :
le 9 janvier 2014, à 21:13

Dernière validation :
le 11 janvier 2014, à 20:03

Jet d'eau

Il enleva son vêtement, devenu douloureux, et se dirigea vers le robinet, ensuite ouvert en grand. Passant d'abord son bras gauche, puis son bras droit, il constata la fraîcheur de l'eau, se caressant les avant-bras, et dans une convulsion plongea la tête dans le lavabo vide.
Ce dernier était trop petit, et le robinet trop court, il ne pouvait donc que difficilement passer la tête sous l'écoulement du liquide, mais, forçant un peu, il y arriva. Peut-être au prix d'une mèche de cheveux, mais peu importait. L'eau, compatissante, cessa d'être mitigée, et accepta de changer de température. Devenue glacée, une douleur mordante commençait à apparaître à l'endroit où le jet touchait le cuir chevelu, et une paralysie se répandait en même temps que le liquide l'avait fait quelque instant plus tôt. Il se sentait partir - douloureusement, mais il partait.
Combien de temps restait-il ? Peu importe. Combien de temps resta-t-il ? Peu importe. La,simple sensation de paralysie et d'abandon encouragerait à ne pas bouger. Son cerveau commençait à somnoler, et ses pensées, d'habitude par trop affûtées, s'estompaient. Il était bien, dans cette eau purificatrice, et se demandait pourquoi diable il ne l'avait pas fait plus tôt.
Un des bras branlant s'anima, et vint couper l'eau. Une nouvelle mèche de cheveux fut sacrifiée. Il prit une serviette propre - la dernière, semblait-il, disponible dans la pièce, et l'utilisa doucement, essuyant morceau par morceau sa tignasse, le visage enfoui dans un bout de la serviette.
Le rideau tomba. Le miroir en face de lui croisait son regard, et pour la première fois depuis un temps, il pu se voir tel qu'il était.
Ses yeux, tristes, étaient soutenus par des cernes violacées, taillées, on en avait l'impression, dans la chaire, au couteau. Ses cheveux en désordre - aucune mèche n'était absente - et encore mouillés étaient une ode à l'art contemporain. Quelques rougeurs étaient apparues aux zones sensibles, ajoutant une touche colorée à la peau blanchâtre. Quelques boutons étaient également de la partie, et jouaient nonchalamment avec les quelques poils disparates.
Il était repoussant, le type dans le miroir. On sentait un certain charisme latent, mais de longues périodes de désintérêt et de préoccupations mornes avaient transformé ce visage en loque.
Il faisait peine à voir, le type devant le miroir. Trop critique, certainement un peu méchant, il détaillait avec un rictus ce qu'il voyait, et prenant un malin plaisir à plaindre la personne en face de lui, décida de prendre congé.
Il était temps d'aller au lit et de se reprendre en main. La loque du miroir, pendante à côté de feu la serviette propre, lui avait fait penser qu'il faudrait sans doute faire le ménage un jour.
Demain, on eut été Vendredi.

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