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Khamaz

Khamaz
Écrivaillon

Classé dans Nouvelle
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Date de création :
le 10 août 2013, à 13:37

Dernière validation :
le 12 août 2013, à 12:16

Le Château des Ombres

Quelque part dans une autre époque, peut-être dans un autre monde, au-dessus d’un village en proie aux flammes, se trouvait un château abandonné, sombre et mystérieux, qui part cette nuit sombre se tenait en seul témoin insensible de la tragédie qui s’affichait à ses pieds.


Bien que se trouvant hors de portée de l’incendie, personne n’y alla trouver refuge. Le château demeura inviolé, ou presque. Une seule ombre y pénétra, muni d’une simple torche pour en éclairer les entrailles. C’était ce qui semblait être un chevalier, à vue de son armure rutilante aux broderies vermeille et dorée, trahissant sa noblesse. Il pénétra dans la demeure, avec pour seule arme une simple épée et une torche éclairant son chemin. La bâtisse était vielle, et faite d’autant de pierre que de bois, aussi bien que le château grinçait sinistrement à chacun de ses pas. Il aurait pût s’arrêter quelque part, attendre l’aube et repartir, mais une curiosité insolente l’encouragea à explorer le château, à la recherche de quelque mystères, que lui-même n’avait conscience de chercher. Et au fur et à mesure qu’il s’enfonçait dans ses profondeurs, le château s’assombrit.

Détails insignifiants au départ, se faisant de plus en plus prononcés et inquiétants. Il ne le remarqua pas tout de suite, mais il s’aperçut que la portée de son regard rétrécissait. Il ignora ce phénomène et continua, l’associant à la torche, qui commençait sûrement à s’affaiblir. Mais après vérification, la flamme de la torche était toujours aussi vive qu’auparavant, et ne manifestait aucune faiblesse, mais pourtant sa lumière portait moins loin, et il n’arriva qu’à distinguer la silhouette de ses pieds. Il aurait pu y avoir une troupe de bandits l’attendant au bout du couloir qu’il ne les aurait même pas aperçut. Mais ce signe, légèrement inquiétant, n’en étais pas plus gênant, et il continua sans faillir. Le couloir se fit plus long qu’il ne l’aurait pensé, et lorsque dans un moment d’hésitation il s’arrêta, il entendit que les grincements du château continuaient, comme si il n’était pas le seul à parcourir les couloirs. Il tendit l’oreille, et reconnût l’origine des sons comme venant d’en dessous, sûrement un ou deux étages plus bas. Mais il n’entendit pas que des grincements. Plus inquiétant encore, un autre son s’y mêlait, comme si des dizaines de lanières de cuir se mirent à fouetter les murs en mêmes temps, avec le bruit du bois lacéré et de la pierre meurtri. La peur commença à lui serrer au ventre, il pensa à faire demi-tour mais se ravisa. Même si un démon devait l’attendre en bas, son devoir de chevalier était de l’occire, et Dieu le protégerait. Il continua alors d’avancer dans le couloir interminable, s’arrêtant par moment pour écouter les grincements, et s’aperçut avec effroi que le son continuait, puis s’arrêtait à certains moments, probablement lorsqu’ils étaient alignés à la verticale. Il comprit alors que cette chose d’en bas avait aussi conscience de sa présence, et sa foi vacilla, tout comme la lueur de sa torche, rétrécissant un peu plus son champ de vision encore une fois. Son angoisse montante, l’air lui paru aussi plus lourd, plus oppressant, mais ce n’était plus qu’un détail face au reste qui lui parut négligeable. Il arriva enfin au bout du couloir, s’étonnant presque d’en voir un bout. Il donnait sur un escalier en spirale, descendant vers les profondeurs ou s’élevant vers une tour brisée, l’escalier s’arrêtait net au bout de quelques marches vers le haut, avec pour plafond le ciel sans étoiles. Son seul choix fût alors de descendre, plus bas dans les ténèbres.

Il descendit les marches en spirale, il eût l’impression de descendre une tour inversée, comme s’il elle servait à se protéger de quelque chose venant d’en bas… Il frissonna à l’idée du fait qu’il savait que ce puisse être probablement le cas. En descendant, il se rendit compte que cette partie du château était sûrement incrustée dans la falaise en regardant par une meurtrière, donnant sur la ville incendiée. L’incendie s’était éloigné au loin, et les flammes restantes rendait le ciel crépusculaire, tandis qu’une nappe d’obscurité semblait recouvrir la ville, si bien qu’il n’arriva qu’à peine à distinguer les contours des cheminées. Cette vision ébranla une fois de plus sa volonté, sans toutefois l’écrouler, et il continua.

Arrivé à la fin des escaliers, il n’eût comme possibilité que de s’enfoncer une fois de plus dans un autre couloir, avec l’air ambiant putride et l’atmosphère toujours bercée par le bruit des cinglements, qui cette fois-ci, ce situait à cette étage. Le couloir dans lequel il pénétra échappait à la ruine des étages supérieurs, mais manifestait les mêmes signes de vieillesses : poussières et toile d’araignées. Mais en parcourant les couloirs, de nouveaux détails s’y ajoutèrent, d’abord du sang, vieux et incrusté dans la pierre, puis des murs déchirés, comme si des dizaines de lanières de cuir s’étaient mise à fouetter les murs en mêmes temps. Il continua tant bien que mal à avancer, pressé vers l’avant par la curiosité et le devoir, et de face par la peur. Il ne s’était pas rendu compte qu’il avait tiré l’épée depuis un moment, et la tenait dans sa main droite, la torche dans la main gauche à la lumière toujours aussi entravée, comme si l’air était fait d’une obscurité qu’on ne pouvait éclairer. Il se confortait dans son avancée, ou tout du moins essayait, en se rappelant qu’il appartenait à lui d’éradiquer le mal qui se trouvait en ces lieux. Il vît plus rapidement la fin du couloir que le précédent, et il entra alors dans une vaste pièce, qui, cette fois-ci, la torche éclaira sans mal.

On n’aurait pu qualifier la pièce de normale, avec ces quelques meubles et tableaux, mais il aurait fallu omettre les multiples traces de sang s’y trouvant, toujours aussi vielles et sèches, et qui ne menait à aucun cadavre. Mais le plus terrifiant, c’est ce qui s’y trouvait en son milieu. Ou plutôt, ce qui n’y était pas. Le centre de la salle semblait être composé d’une absence de lumière. Il pouvait pourtant facilement observait le fond de la salle, mais impossible de voir ce qu’il y avait en son centre, il voulût vérifier le phénomène en se rapprochant et en penchant la torche dans cette masse d’obscurité, mais il se stoppa net à mi-chemin, et recula d’un pas, en remarquant que de cette même masse noire s’échappait de multiples petites tentacules, qui semblait être elles-mêmes composé de noirceur, elle fouetta l’air et le sol, ainsi qu’une chaise se trouvant à leur portée, assez faible. Provoquant les mêmes sons que les cinglements entendu auparavant. Pour lui, il ne faisait plus aucun doute que la créature face à lui était un être du Diable, si ce n’était pas le Malin lui-même, et une seule alternative se présenta à lui : l’occire. Il brandit son épée, et par ce courage donné par le désespoir, il courût et enfonça son épée dans l’abîme de noirceur, sans prêter attention aux lanières d’obscurité lui lacérant l’armure. Son épée ne rencontra rien, et son élan le fît tomber dans les ténèbres.


Il tomba alors dans une obscurité sans nom, il flotta comme si il était dans de l’eau, mais sans pouvoir s’y mouvoir. Le monde qui s’offrait à ses yeux n’était clairement pas le sien, composé de cauchemar distordu, il n’y avait ni sol ni ciel, ni horizon, ni même de distance, rien de matériel, tout n’était que ténèbres flous dans laquelle flottait des aperçus d’horreur, déformé pour donner une nouvelle vision de terreur, plus effroyables qu’à l’origine. C’est à ce moment que ça foi envers Dieu elle-même vacilla. Dieu ne l’avait donc pas protégé ? Le Diable était-il plus fort que le Créateur ? Ou alors, était-ce une punition, et Dieu l’aurait alors envoyé en Enfer ? Les questions se poussèrent dans sa tête, supplantées par les cauchemars se déroulant sous ses yeux. Il ressenti la souffrance de d’autres mondes, aperçut des ombres gigantesques de monstres difforme dont la seule vision ébranla sa raison. Et impuissant, il assista à la destruction déformée de peuples et d’univers sans pouvoir agir ni fermer les yeux. Il crut d’abord qu’il ne pouvait pas mourir, qu’il était condamné à voir pour l’éternité ces visions de cauchemars, mais sa souffrance fût beaucoup plus courte et douloureuse. Il sentît la Peur elle-même lui broyer les côtes, et lorsque ses doigts eux-mêmes se tordirent et se brisèrent en écho avec le craquement de ses jambes, il perdit la raison. Pendant que les jointures de ses os cassèrent, le sang jaillissant du peu de plaies qui s’étaient ouvertes s’écoula dans l’obscurité, et se réunirent en un même point où il disparaissait. Comme si les ténèbres eux-mêmes se nourrissaient de son sang. Tandis que les spasmes agitait son corps et que ses yeux se révulsèrent, un sourire fou pris possession de son visage et il devint tel une marionnette, comme si des fils invisible faisait virevolter son cadavre dans toutes les positions possibles, dirigées par un marionnettiste maladroit ou malsain. Bien que son rictus fût encore présent avec le tournoiement imprévisible de l’homme, la personne dans ce corps était belle et bien morte. Il n’y avait plus qu’un pantin cassé se tordant dans les ténèbres.

Il était devenu une des horreurs de ce musée des cauchemars.


Commentaires
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la plume de l'ange, le 1 juin 2014, à 20:15 :

Magnifique, j'ai beaucoup aimé !!! On lit le texte sans difficulté et c'est très agréable !!! :)


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