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Peok

Peok
Écrivaillon

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Date de création :
le 13 juin 2013, à 14:49

Dernière validation :
le 28 mars 2016, à 20:00

Contre-enquête [Chapitre 1]

« -Un, deux ! Un, deux ! Un ! Vas-y, continue ! »

La salle est sombre, chaude et humide. L'odeur de transpiration et le bruit y règnent. Des bruits de coups, de métal, de chaînes, des cris. Ils sont au moins une dizaine dans cette salle.

L'homme avança avec une grande rapidité, donna un coup de poing dans le visage de son adversaire, et abattit brusquement sa jambe sur celle de ce dernier. Dans un grand fracas, celui-ci se retrouva à terre, monta ses bras au niveau de son visage pour se protéger tout en maudissant cette jambe droite, qu'il avait toujours du mal à bouger. Mais un troisième homme arriva, stoppa le combat et aida l'homme au sol à se relever.

« Allez, c'est fini pour cette fois, bravo les gars, beau combat. Djal, retourne entraîner les autres. Ça va Alex ? T'as encore mal à ton genou ? Je te l'ai déjà dit et je te le répète, tant que tu laissera ta jambe traîner sur le tapis, tu finiras toujours au sol ! Bouge, bouge et bouge encore ! Allez, vas-y. »

L’entraîneur donna une claque dans le dos de son "petit", comme il avait l'habitude de les appeler tous, et descendit de l'estrade en bois qui servait de ring. Alex, resta là pendant quelques minutes, en sueur. Il massait son genou droit qui lui faisait mal. Puis, descendit à son tour du ring et sans dire un mot, traversa la salle. Il rejoignit le vestiaire. Il se dirigea vers le lavabo encrassé, ouvrit le robinet et se rinça le visage. Le boxeur coupa l'eau, posa ses mains sur le lavabo, et se regarda dans le miroir couvert de buée. Ses cheveux noirs étaient, comme toujours, ébouriffés. Sur son visage ruisselait l'eau tiède. Ses yeux étaient marrons, et les traits sur ses joues caves témoignaient du beau sourire qu'il avait jadis, un sourire effacé. Un mètre quatre vingt cinq et à peine quatre vingt kilos, Alex n'était pas très gros mais cependant assez carré. Il avait des mains abîmées de travailleur, et paraissait assez fatigué. A 35 ans, il en faisait dix de plus.
Son collègue, le prénommé Djal entra dans les vestiaires. Avec environ deux mètres et une centaine de kilos de muscles, l'africain impressionnait beaucoup. Il se mit à côté d'Alex, qui ne bougea pas, et passa un bras amical par dessus ses épaules.

« -Alors mon vieux, pas trop cassé ?
-Non, ça va, juste ma jambe comme d'habitude, ça va passer, répondit Alex.
-J'espère ! La saison va bientôt commencer !
-Écoute, je sais pas...
-Arrête ! coupa Djal. Tu vas pas recommencer ! Tu viens de passer en semi-pro ! On s'entraîne beaucoup tous les deux depuis plusieurs mois. Ça va être la saison de notre vie, la seule occasion que nous aurons de nous hisser au niveau des pros, voire même d'en combattre !
-Je sais, mais j'ai...
-Alex ! Tu es un bon boxeur. Tu peux le faire. Moi j'ai envie de le faire. Et j'ai besoin de toi. »

Il y eu quelques instants de silence. Alex regardait le miroir sale, baissa les yeux, et soupira. Puis, il se mit à rire. Il se retourna vers son ami et le serra dans ses bras.

« -Ouais, ouais, t'inquiète. Cette saison sera belle, et tu peux compter sur moi !
-Génial ! »

Djal se dégagea de l'étreinte d'Alex, attrapa une serviette dans son casier, et se dirigea vers les douches, tandis que d'autres entraient dans le vestiaire.

« -Bon, on va boire un coup au bar avec les gars à 19 heures, tu nous rejoins, hein ?
-Je viendrais plus tard, je vais continuer à frapper un peu.
-Comme tu voudras, à toute ! »

Alex retourna dans la salle, devenue presque déserte. Son entraîneur se dirigea vers lui et le conseilla :

« -Tu devrais aller manger, Alex.
-Pas faim.
-Mais la nutrition fait partie intégrante de l’entraînement d'un bon boxeur !
-Je sais, Philippe, je sais. Je te dérange pas, au moins ? s'inquiéta Alex.
-Ah ah, bien sûr que non, petit ! Tu sais que la salle est toujours ouverte, tu viendrais au milieu de la nuit que tu me dérangerais pas !
-Bien, alors je vais continuer à m’entraîner un peu, si j'ai besoin de tes conseils je te demanderai Phil.
-D'accord, d'accord. »

Alex se tourna vers le sac noir, déjà rafistolé. Il s'imagina le lourd sac de sable comme un adversaire. Et frappait, encore et encore. Droite, gauche, gauche, droite, coup de genou. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Coup de genou, gauche. Il pensait à elle. Droite, gauche et droite. Il pensait à sa famille. Esquive, coup de genou, droite. Tant de souvenirs passés, oubliés. Tant de sourires rencontrés. Coup de pied, droite. La boxe thaï est un art rigoureux. Gauche, droite, coup de pied. "Je n'y arriverais pas... Je n'y arriverais pas..." Esquive, coup de pied. La saison sera dure, cette année, il faudra beaucoup travailler pour aller dans les meilleurs. Gauche, droite, gauche. "J'y arriverais." Droite, coup de genou, gauche. Toutes ces années... Phil, Djal, Nathan et les autres... Droite, coup de pied, esquive... Alex mit sa jambe en arrière, mais son genou se cambra et il perdit l'équilibre.
Philippe, au loin, le regardait. Il murmura pour lui même :

« -Tsss, il est tourmenté le petit. Pas concentré, pas bien. »

Une heure et demie plus tard, Alex revint aux vestiaires. Plus fatigué que jamais, il prit une douche et se rhabilla. Un jean foncé, un t-shirt blanc et une veste noire, on ne faisait pas plus banal. Il fouilla dans son casier et pris son portefeuille, sa petite chaîne argentée et son vieux téléphone cellulaire. Au bout de la chaîne qu'il mit à son cou, une bague, un simple anneau en argent, qui semblait briller. Il regarda son téléphone, mais il n'avait pas de nouveaux messages. Il composa alors un numéro.

« -Allô ? Salut, c'est Alex. Toujours rien pour moi ?
-Non, t'inquiète je t'appellerai.
-Ok merci. »

Il raccrocha en maugréant. Il ferma alors la porte de son casier et sortit de la salle. Dehors, il faisait déjà assez sombre. A 20 heures en ce mois d'octobre, le soir était assez frais. La petite commune du sud de la France, était déserte à cette heure, car tous les touristes étaient repartis, divisant par trois la population de la commune. Alex mit son casque, enfourcha sa moto de sport et fit rugir le moteur. Il hésita un moment, puis finalement prit la direction du bar auquel il avait l'habitude d'aller avec ses amis.

"La Taverne", c'était son nom, était un endroit tranquille, un peu éloigné du centre du ville. Sa clientèle était surtout constituée d'habitués. Après quelques minutes de marche, il arriva auprès de la magnifique bâtisse en pierre de taille et en colombages, une architecture ancienne et rare dans les environs. Bien que les lieux lui étaient familiers, il demeurait toujours impressionné face à la beauté de l'endroit. Le bar, qui avait une enseigne discrète, était situé non loin des montagnes, et derrière lui s'étendait la forêt. La petite route qui passait par là s'y engouffrait, grimpait dans la montagne avant de mener à l'Espagne, toute proche. Derrière le bar, il y avait une terrasse en bois, face à la mer, qui surplombait la crique. Un peu plus loin, un petit escalier taillé dans la roche et très raide, menait dans cette crique isolée. De la terrasse, on entendait le bruit de la mer, un bruit doux et familier pour Alex, qui aimait l'écouter pendant des heures parfois. Selon lui, les habitants du coin n'y faisaient plus attention, et beaucoup ne se rendaient pas compte de la chance qu'ils avaient.


Son arrivée fut saluée par des applaudissements et des rires venant d'un petit groupe sur la terrasse. Il y avait six personnes : Djal et son amie Fleur, Nathan, Olivier et son amie Gwenn, et enfin Jenny.

Djal et Fleur étaient ensemble depuis environ trois ans. A première vue, ils paraissaient totalement opposés : si lui était grand, elle était toute petite, musclé, elle semblait frêle. Si lui faisait brute, elle paraissait tout autant douce. Cependant, une chose les unissait : la boxe. En effet, le couple de boxeurs confirmés s'étaient rencontrés lors d'un tournoi à Hong-Kong, et ne s'étaient plus quittés depuis. La suédoise avait même laissé son pays pour s'installer avec Djal.

Nathan, lui faisait de la boxe avec Djal et Alex. Le français, châtain aux yeux bleus et le teint halé était lunatique, mais avait bon cœur. S'il n'était pas aussi fort à la boxe que ses camarades, il persévérait. Ancien homme d'affaires à Paris, il avait tout quitté et avait décidé du jour au lendemain d'aller habiter dans le sud de la France, laissant derrière lui sa famille, son travail et même sa copine avec qui il était depuis cinq ans.

Olivier, lui, ne pratiquait pas la boxe, il répétait toujours qu'il n'avait pas le temps. Pêcheur, il partait souvent en mer sur ses propres bateaux, et plongeait. Il était de grande taille, et son travail lui avait façonné une carrure assez imposante. Le brun avait du charme, sous lequel était tombé depuis un an Gwenaëlle. Elle préférait qu'on l'appelle Gwenn. Plutôt timide, ses cheveux châtains et ses yeux verts plaisait à beaucoup. Passionnée par les animaux, la bretonne était partie voir les grands haras du sud. Elle avait fini par ouvrir un centre équestre.

Jenny, l'américaine, était tombée amoureuse de la belle région. La jolie blonde aux yeux bleus avait beaucoup voyagé, et avait décidé de rester là pendant un moment, mais elle ne savait pas combien de temps, avant de reprendre l'aventure. Vive et drôle, tout le monde écoutait avec attention les nombreuses péripéties qu'elle avait à leur conter.


Alex, le doyen du groupe, salua tout le monde, prit une chaise et s'installa à la table.
« -Salut la jeunesse !
-Phil n'est pas là ? demanda Olivier
-Tu sais bien, ce vieil ermite préfère rester dans sa salle crasseuse, répondit Nathan
-C'est vrai qu'il sort jamais beaucoup », songea Djal


La soirée se déroula dans une ambiance bonne enfant entre ces bons amis. On parla de tout et de rien, de la boxe, de la pêche, des voyages, des animaux, de la pluie et du beau temps. Alex rentra chez lui, vers une heure du matin. Après quelques minutes à moto, il arriva derrière une cour sombre. Son appartement était situé au dessous d'un vieux restaurant qui avait fermé depuis de nombreuses années. Sale et délabré, le logement était miteux, mais convenait parfaitement à Alex, qui y logeait gratuitement en échange de quelques petits travaux dans la propriété. Ses amis n'arrêtaient pas de lui dire qu'il ne pouvait pas vivre dans un tel appartement et l'encourageaient à chercher autre chose, mais rien n'y faisait. Ce "logement provisoire" était le sien depuis déjà trois ans. Alex rentra dans la pièce principale. Celle-ci était presque déserte et il aurait même été difficile de penser que quelqu'un pouvait habiter là. L'endroit était frais, poussiéreux et il n'y avait pas un seul meuble, mis à part une chaise recouverte de mousse et très abîmée. Il fit rentrer sa grosse cylindrée au milieu de la pièce. "Son petit bijou", qu'il avait depuis quelques années. La puissante sportive avait le droit de dormir là, recouverte d'un drap blanc pour la protéger. Comme à son habitude, il déposa sa veste sur une pile de cartons, puis se dirigea vers le frigo quasi vide. Il attrapa une part de quiche qu'il mangea froide, affalé sur la chaise. Puis, il se mit à réfléchir pendant quelques minutes, avant de prendre un crayon, une des feuilles qui traînait sur d'autres cartons et il griffonna quelques mots. Au fond de la pièce se trouvaient deux portes : l'une d'elle menait à la salle de bain crasseuse où Alex fit une toilette rapide, et l'autre à une petite chambre. Dedans, juste un matelas posé à même le sol. Alex s'allongea dessus, et s'endormit presque aussitôt. Une sonnerie tira le boxeur de ses rêves, qui se leva en grommelant pour décrocher.

« -Allô ? »

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