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Peok

Peok
Écrivaillon

Classé dans Nouvelle
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Date de création :
le 12 juin 2013, à 20:19

Dernière validation :
le 18 août 2013, à 17:16

Run boy, run.

« Courir. Tu sais, il y en a qui courent pour la gloire, ou pour montrer la nouvelle paire de baskets à la mode qu'ils ont achetés. Certains courent pour plaire, ou encore pour l'argent. Moi, je ne cours pour rien de tout cela. Je cours car j'ai envie de courir. Sans m'arrêter. Jusqu'à ce que je soit épuisé. Comme ça.
Je cours dans les endroits où je peux me retrouver seul. Seul, contre moi-même, contre mes jambes qui veulent s'arrêter. Personne pour me regarder, pour me juger, pour me doubler. Pas même mon ombre, il n'y a que moi. Personne ne peut m'arrêter. J'aime sentir les gouttes ruisseler sur mon visage, le vent ébouriffer mes cheveux. Entendre le sang qui bat à mes tempes, le bruit de mes pas qui résonnent sur la terre.
Une heure, deux, trois parfois. Je ne compte pas vraiment. L'essentiel est de faire le vide dans sa tête. Ne penser à rien. C'est aussi pour cela que je m'en vais, parfois. Pour n'avoir à penser à rien. Oublier les erreurs du passé, les problèmes du quotidien, sans avoir à penser aux choix futurs.
Je dois dresser un piètre portrait de moi... Égoïste, Lâche. Je le sais, je n'ai jamais cherché à le renier. Après tout, je ne suis qu'un homme. Comme tout autre, avec ses qualités, mais surtout ses défauts. Je n'ai jamais cherché à être quelqu'un de parfait, ni de jouer les héros. Je suis juste moi, je ne veux ressembler à personne d'autre. Mes amis me respectent comme ça.
Un jour on m'a dit : "L'important, ce n'est pas ce que tu es, mais les choix que tu fais". C'est vrai. Mais le plus dur, c'est de faire les bons choix. Car on a toujours le choix. J'ai fait certains choix, bons comme mauvais, qui m'ont menés à être ici aujourd'hui.
Vous savez, le succès, la réussite. Ces mensonges qu'on nous murmure à nos oreilles à longueur de journée sont terriblement attrayants, mais également si trompeurs. J'ai, moi aussi voulu y goûter. C'est là que j'ai commencé les compétitions. Je voulais, moi aussi avoir ce sourire, le sourire des vainqueurs, l'honneur de ceux qui ont gagné des courses... Je voulais, moi aussi, connaître les acclamations, avoir de la reconnaissance, regarder les yeux brillants des petits, admiratifs, et voulant eux aussi, un jour, à leur tour, gagner une course. Oh, j'ai été heureux, un moment. Les gens me reconnaissaient, me félicitaient. Mais maintenant que je suis ici, je sais que je n'étais pas vraiment moi-même. Cette illusion de bonheur parfait n'a été qu'éphémère. Après un court moment de gloire, tout fini toujours par s'effondrer. Les gens vous lâchent petit à petit lorsque vous les décevez, au lieu de vous aider à surmonter ces épreuves. Ils se désintéressent de vous, et tous ceux qui, jadis, vous acclamaient, passent à côté de vous sans même vous accorder un regard. Au début, cela m'avait blessé. Mais c'est grâce à cela que je suis redevenu celui d'avant. Un homme simple.
J'ai appris à profiter des petites choses, mais qui m'apportaient tellement. Là, j'étais vraiment heureux. J'étais aux côtés de ma femme et de mes deux enfants. J'ai redécouvert ma vie, les gens qui m'entouraient. Enfin, ceux qui n'allaient jamais me lâcher. Bien sûr, je continuais à courir. Que ce soit sous la chaleur d'une soirée d'été, ou sous le vent glacé de l'hiver.
Je crois que je ne me suis jamais vraiment arrêté. Et je n'ai jamais songé à le faire. Mais cette voiture... Tout bascule si vite, il suffit d'une seconde, un accident...
J'ai couru toute ma vie... Courir vers ce qui est après la vie. Cela ne me fait pas peur. Il y a quelques années je me serais dit que c'est trop tôt. Plus maintenant, car je suis prêt. J'ai vécu des tas des choses, et je ne regrette rien. J'ai beaucoup appris, et beaucoup tiré de mon expérience. Je dirais simplement que le bonheur n'est pas forcément très loin, souvent les choses simples y mènent plus facilement. »

Le silence qui suit est assourdissant. L'homme qui vient de parler, sans que personne ne l'interrompe, est allongé sur son lit, au milieu de la pièce. L'odeur infâme des produits ménagers ainsi que l'air climatisé rendent l'endroit suffocant. Dans le couloir, il y a des bruits de pas précipités, des conversations.
L'homme ne parait pas se soucier de ce qui se passe autour de lui. Il ferme les yeux.
Il fait chaud, pourtant les fenêtres sont fermées, et on ne voit que les arbres bouger au loin, sans percevoir d'autre chose que les bruits incessants et réguliers des machines présentes dans la pièce. Bruits qui sonnent tels un battement, le battement d'un cœur, faible, de plus en plus faible. Et qui semble vouloir s'arrêter.

« Ils m'ont coupé les deux jambes. »

Commentaires
1265

Peok, le 11 octobre 2014, à 09:44 :

Merci beaucoup à vous deux !

1084

Kazuya, le 10 septembre 2013, à 13:27 :

Très beau texte, plein d'émotion qui fait forcément réfléchir sur un mouvement si basique et naturel, marcher !

1080

Tito, le 7 septembre 2013, à 19:07 :

Un beau maniement de l'émotion au travers de ce texte :3


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