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Penseur

Penseur
Habitué des lettres

Classé dans Nouvelle
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Date de création :
le 23 mars 2013, à 18:20

Dernière validation :
le 24 mars 2013, à 06:05

La conjuration des imbéciles.

La nuit n'avait pas était reposante, mais il se réveillait dans un état convenable au petit matin. Toujours, les nuits qui précédaient des évènements nouveaux et des changements importants dans sa vie presque monotone, ne se déroulaient jamais tranquillement. Elles étaient sujettes à des questionnements beaucoup plus oppressants que les interrogations sans intérêt qui jaillissaient en temps normal dans son esprit. Des questions que toute personne normalement constituée se poserait à sa place, pensait-il. Alors il s'accommodait de son état et attendait la fin de ce passage désagréable. Les joies, les moments agréables, les jouissances connaissent une fin, il en était convaincu la vie était faite de haut et de bas. Et si les hauts se terminent, les bas se terminent aussi. Le seul problème, se disait-il, c'est que les moments de plaisir sont vécus de façons actives tandis que les périodes désagréables se traversent passivement, or l'activité avait tendance à accélérer l'horloge de sa vie alors que la passivité ralentissait les mouvements de son indicateur temporelle interne. Prendre son mal en patience, la transformation n'opérait pas, perdre sa patience dans son mal.

Il fit un effort vestimentaire, cette chemise le ferait transpirer mais il l'enfila. Il s'était rasé la veille. La serrure de la porte claque, la voiture ronfle, le volant tourne, il soupire, le moteur s'endors, menton pointé vers les nuages, la pluie rafraîchit son visage, il sonne à l'interphone. Ça y est, il s'ennui. S'ensuit alors un enchaînement de convenances, des papiers qu'il signe, des salutations à outrances, fonctions rituelles du langage à tout va, puis des premiers pas timides et incertains. Le calme revient. Il est là derrière son écran d'ordinateur et il soupire une deuxième fois, discrètement, maintenant. Il veut "bien faire" alors il s'attelle à la tache, mais dans sa tête résonne des pensées décousues qu'il essai de taire aussitôt qu'elles prennent forme. Il ne tourne pas la tête mais écoute, celui la parle fort et il est grossier, l'autre zozote et semble appliqué dans son œuvre, lui ne parle pas beaucoup et pèse ses mots. Il en est un qui lui semble plus dur à juger, il se donne plus d'importance, est-il bon ou mauvais ? Il est l'un ou l'autre. Pour le moment, il ne sait pas.

L'heure de se restaurer sonne comme un répit. De courte durée le répit. Il s'interroge sur sa présence ici, que signifie-t-elle ? La suite n'est pas en lien direct avec la question, il vient de découvrir que cet autre homme aussi se pose cette question. Ils sont arrivés en même temps et son regard dégage de l'intelligence et de l'insatisfaction. Dans les escaliers il a observé cet air, au réfectoire de nouveau il a perçu la déception d'âme de ce type. Il reprend ses esprits et décide d'oublier ces hypothèses qu'il n'ira pas vérifier. Cela importe peu, l'état d'âme de ce type n'a aucune espèce d'importance. Il pensa à Cécile qui avait broyé son esprit, sans aucune mauvaise intention, elle avait fait tellement de dégâts. Il n'avait rien à lui reprocher, elle est véritablement quelqu'un de bien. Puis il se rendit compte qu'il avait lu cinq fois la phrase sur l'écran, surlignée en bleue par le pointeur de sa souris, sans en comprendre le sens. La sixième tentative fut plus fructueuse et lui permis de continuer avec la lecture des phrases suivantes. Le temps se compte en soupir qu'il n'effectue pas, que pourrait-il faire s'il n'était pas la ? Des choses plus intéressantes, il pourrait en faire. Il pourrait surtout se plonger dans un état d'oisiveté si familier de la procrastination que même son cerveau ne prendrait plus la peine d'éveiller ses sens. Le néant. Le silence mental complet. C'était un état qu'il ne connaissait pas mais qu'il rêvait un jour de connaître lorsqu'enfin il s'autoriserait la consommation de drogue. Il y'en a bien une qui le satisferait, fut elle à usage unique.

La fin de journée timidement résonne, personne ne bouge. Les minutes se succèdent puis, le grossier homme qui parle fort se décide et gueule "moi je rentre, les gonzesses" ou quelque chose du même acabit. Même à cet instant, il n'aime pas les manières de cet homme. "Windows", "arrêter l'ordinateur", il enfile sa veste, jette un coup d'œil à son compagnon d'infortune : "on va pas se barrer comme des voleurs", "bien sûr, non" , répond-il. Ils s'approchent du bureau. Est-il bon ? Mauvais ? Bon ? Il a souris, il est bon. Les bras derrière la tête, les jambes droites et croisées, il est mauvais. "Vous pouvez disposer !". Il est mauvais.

Instant plaisant, actif donc éphémère. La soirée contraste fortement avec la linéarité triste et abrutissante de la journée. Mais l'heure de dormir approche et demain : rebelote.

Quelles sont les raisons pour lesquelles il se leva le lendemain matin. Ils s'interrogeât à ce sujet. Il pesa le pour et le contre. Quand le cœur et la raison ne sont pas d'accord, un malaise s'installe. Quand le cœur et la raison ne sont pas d'accord. A priori deux chemins différents sont empruntables, le cœur ou la raison. Ne restent que des sentiers qui ne mènent pas bien loin; les grands axes, bon ou mauvais, permettent une progression plus rapide que ces premiers. Il avait déjà choisi, avait-il choisi, les deux chemins, à deux faubourgs différents du village de sa vie. C'est le cerveau qui souffrait lorsque qu'il décidait d'écouter son cœur, et c'est l'âme qui peinait lorsqu'il écoutait la raison. Deux souffrances foncièrement différents mais qui se valent, aucune n'est préférable à l'autre. C'était le cœur qui souffrait actuellement, puisqu'il suivait la raison. Sa réflexion l'amena à penser que Cécile avait mis à mal sa raison, mais que le cœur n'en était pas satisfait pour autant. L'amour n'était pour lui pas un sentiment de partage, de protection, de confiance, de relation saine, de bonheur. C'était plutôt une idée de rivalité, de suspicion, de doute, de dépendance. Souffrance et torture, parce qu'infligé par la bourrelle. Sur le long terme, l'analyse des expériences passées le conduisaient à cette conclusion stéréotypée, mais en partie vraie.

La raison avait finalement eu le dessus et la guérison commença. La guérison. Les souffrances sont une prison, mais ce n'est pas forcement un mal, pensait-il. Fuir les souffrances pousse parfois à la créativité instinctive, comme le taulard ingénieux qui imagine, conçoit et exécute un plan d'évasion afin d'échapper à la prison qui le prive du bonheur imaginé en dehors des murs. Poussé par la satisfaction intellectuelle de scier ses barreaux sans outils, de réussir l'évasion avec brio et originalité, l'œuvre permet d'oublier, momentanément, la peine originelle. Peut-on aimer la peine, l'amertume, le spleen, la douleur psychologique pour la créativité qui en résulte ? Il ne posait pas vraiment la question, il était juste étonné, souvent, de la réponse qu'il apportait a cette interrogation.

Commentaires
1026

Mustache, le 26 mars 2013, à 18:05 :

Il a quitté le site suite à un... désaccord. Mais j'ai bon espoir de le voir revenir dans les prochains temps.
Merci de ta réponse, par ailleurs. Et tes textes sont, je trouve, bien mieux que ce que tu n'écris.

1025

Penseur, le 26 mars 2013, à 17:43 :

Merci pour cette correction. Mon inspiration, ce sont les informations que font parvenir tous mes sens à mon cerveau. Voilà une réponse qui m'en évitera une plus banale que tu m'obliges à écrire, mais tu ne m'en voudra pas. Ces textes sont médiocres, c'est dommage que Renard ne fréquente plus ce site. Il avait des propos et des textes intéressants.

1021

Mustache, le 24 mars 2013, à 22:20 :

Simple détail : "exécute une un plan"
Par ailleurs, la première question que je me suis posée en lisant, c'était si ce texte provenait d'une inspiration quelconque d'une vie. Quelconque, elle aussi ?
Quoiqu'il en soit, et malgré le rythme un peu brut - je trouve ^^ - texte très agréable à lire.
Mais j'aimerais réellement connaître ton inspiration ;)


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