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Penseur

Penseur
Habitué des lettres

Classé dans Nouvelle
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Date de création :
le 22 mars 2013, à 20:12

Dernière validation :
le 23 mars 2013, à 16:17

La leçon ne saurait être comprise.

Assis, sur un fauteuil éventré par des ressorts et qui vomissait sa mousse, D' tenait une cigarette entre son index et son majeur. Une jambe sur l'accoudoir, les bras écartés comme s'il était maître des circonstances, et peut-être l'était-il, seule la fumée que dégageait sa cigarette créait le mouvement dans cette pièce crade et ruinée. Il en porta l'extrémité orangée à ses lèvres, inspira profondément une grande bouffée de tabac, et écarta de nouveau les bras.

Sa chemise ouverte laissait entrevoir son torse et l'on voyait à travers ses lunettes teintées deux yeux calmes qui suggérait qu'il était empreint à une réflexion sans qu'on puisse en connaître la nature. J' s'interrogeait justement à ce sujet et attendait que D' brise le silence, il savait qu'une remarque de sa part resterait sans réponse. Il observait D' espérant pouvoir reconstruire le fil des pensées qui le murait dans le silence depuis un long moment maintenant, en interprétant le peu de geste qui venait rythmer son impassibilité. Rien ne lui inspirait cependant un début d'idée qui l'encourageât à continuer la reconstruction de l'activité de l'esprit de son compagnon du moment. Il se résignât alors à attendre que le silence fut brisé par D'.

De minces rayons de lumières naturelles filtraient à travers le plafond en décomposition, leurs extrémités avaient déjà parcourues quelques dizaines de centimètres depuis de début de l'attente qui s'annonçait interminable et qui mettait a rude épreuve la patience de J'. Il était cependant calme et ne montrait aucun signe de nervosité, il était de ces hommes pour qui les combats se mènent à l'intérieur. Sa cravate verte dépareillait de son costume gris, mais la plume de son borsalino s'accordait avec sa cravate. Il enleva son chapeau qu'il posa sur ses genoux, signe qu'il était prêt à attendre le temps qu'il fallait dans le silence de la réflexion de son partenaire. Il effectua un nouveau tour de la pièce avec son regard, mais il n'y avait rien qui puisse attirer son attention. Il avait déjà dénombré les poutres qui traversaient le plafond et commencé trois fois à compter les pierres qui composaient le mur lui faisant face sans jamais s'accorder sur le résultat.

D' écrasa sa cigarette contre le tissu du fauteuil qui le supportait puis tourna son regard vers J'. Il rota de la plus grossière manière qu'il soit possible de roter, se leva et glissa une main a l'arrière de son pantalon. Il empoigna un magnifique revolver chromé, vérifia le contenu du barillet et tira deux balles dans la tête de J' qui n'eut pas le temps de souffler mot. D' se dirigea vers l'escalier qui lui permettrait de remonter au rez-de-chaussée, marqua une pause à la deuxième marche puis fit retour arrière afin de récupérer le chapeau qu'il posa sur sa tête.
Il fit de nouveau demi-tour et monta les marches en sifflotant.

Commentaires
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Grace, le 5 avril 2013, à 18:03 :

Même remarque que Mustache, cependant une question : le texte est-il voué à être développé ? Je ne veux pas dire qu'il soit imparfait ainsi, au contraire - mais frustrant pour un lecteur. Qui est D' ? et J' ? Pourquoi cette attente, pourquoi ce tir ?

J'aurais aimé, personnellement, un développement là-dessus, comme une analepse qui expliquerait comment on en est arrivé là, à ce meurtre.

Après j'imagine bien qu'il est possible que ce texte soit un essai avant tout, fait surtout pour le plaisir de l'écriture, et de la description visiblement ici (sans tomber dans du Balzac), mais je pense qu'il y a de quoi développer le récit ici. Je trouve que c'est justement le mieux, quand on a déjà un extrait de nouvelle, un début ou une fin, voire un milieu, et qu'il reste tout à écrire autour. C'est le moment plaisant de l'écriture je crois, quand on a des éléments, et que l'auteur lui-même doit comme deviner ce qu'il s'est passé, ou ce qu'il va se passer - ou même, ce qu'il se passe.

Tout cela pour dire que s'il y a une suite, je serai heureuse de la lire.

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Mustache, le 23 mars 2013, à 16:21 :

Ce texte m'a vraiment surpris, non seulement de par sa fin, mais également de par son rythme.
Il est néanmoins très bien écrit, et l'on ne saurait que trop recommander de le relire.
Cependant, ne vaudrait-il pas mieux le publier sous "Nouvelle" ?


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