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Penseur

Penseur
Habitué des lettres

Classé dans Essai
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Date de création :
le 27 octobre 2012, à 01:05

Dernière validation :
le 27 octobre 2012, à 16:37

Description d'une bouteille en plastique

Et pourquoi ne pas décrire cette bouteille d’eau ? Elle est droite et transparente, l’étiquette est mal collée et on ne peut plus boire l’eau qu’elle contient : il y en a trop peu. Quid du bouchon qui la couvre ? Il est petit, blanc, et il semble bien vissé. Que ceux qui se sont dit que cette description était digne d’un collégien de 6ème à peine en avance sur ses contemporains lèvent le doigt, les manchots pourront lever un pied. Ils sont passés à côté du plus important, il n’ont pas compris tout de suite ce qu’il fallait comprendre, comme un petit génie qui lirait Zola en essayant de trouver le fond. Le plus important dans la description de cette bouteille d’eau, sans nitrates – petit astérisque –, c’est qu’il n’y a, à priori, aucun intérêt d’abord à rédiger sa description et ensuite à la lire. Je vous pose alors cette question : pourquoi avoir entrepris la lecture de ce texte ? Que pouvait-il apporter que vous ne sachiez déjà ?

Les plus malins sont surement déjà partis, les imbéciles s’interrogent sur la première phrase en se demandant pourquoi ce texte commence par une métonymie, buvons un verre à leur santé. Ceux qui auront passé outre la première phrase, et les deux suivantes, auront sans doute tiqué, l’œil droit fermé et le gauche regardant à gauche dans un mouvement de la tête presque circulaire projetant le nez vers le haut. Tout cela la bouche ouverte. Ils n’auront pas aimé qu’on s’en prenne à Zola, leur cancre préféré. Et pourtant si nous pouvions nous réunir autour de ce conteneur vide de contenu, en plastique recyclable, ils me l’accorderaient. Ils me l’accorderaient c’est évident, l’analogie est trop flagrante : elle saute aux yeux. Les plus rapides mettront moins de temps à la saisir – l’analogie – que j’ai mis de temps à vider de son eau la bouteille dont je parle maintenant. Parions-même qu’un tiers des personnes saisira dans un temps similaire, qu’un autre tiers comprendra quand on leur expliquera et que le dernier tiers fera semblant de comprendre.
Ils me l’accorderaient, le petit génie qui lit Zola n’y trouve que la forme, et parfois elle est complexe, fine et détaillée. Mais son art descriptif est assommant , sorte de pot-bouille de couleurs et d’adjectifs qualificatifs, et tant pis si j’accuse un peu fort. Et comme ma bouteille en l’état, tant qu’elle n’existe que de par sa forme et qu’elle est vide de contenu, son utilité est réduite à l’extrême. Elle pourrait en contenir des grands vins, des luxueux champagnes, des jus de fruits exotiques subtilement choisis , des hydromels populaires ou des échantillons de lait de dragons du nord.
Pourquoi faut-il alors qu’elle soit vide ? Il est parfois vrai que la bouteille vide serve à porter un message, elle n’est alors plus vide. Les poissons ne sachant à ma connaissance pas lire, certains diront qu’elle reste vide et même plus, qu’elle devient alors contenu et l’océan contenant mais c’est une autre histoire et nous devions du sujet, pour peu qu’il y en est un. Alors bon, j’entends déjà dire : « flacon de parfum passe encore, mais bouteille en plastique … » et c’est tout à fait vrai, le flacon de parfum participe parfois plus amplement à la valeur du produit que le liquide qu’il contient comme les écrits de Zola sont excellents dans la forme mais pas toujours dans le fond.

Je pense maintenant que le troisième tiers de tout à l’heure aura compris, la grande question scientifique ne leur aura pas échappé : Zola est-il l’inventeur de la bouteille en plastique vide ? Il semble évident que la réponse soit un « OUI » avec toutes les dents, et que sa forme si complexe de reliefs et de cannelures ne soit due qu’a ce créateur de génie. Il est cependant permis de douter comme il est nécessaire de donner la parole aux sceptiques : Zola étant né à Paris dans le ventre de sa mère (à moins que ce ne soit le contraire ?) en 1840 et mort dans cette même ville en 1902, soit cinquante-huit ans avant l’apparition des premières bouteilles en plastique, n’est-il pas plus vraisemblable qu’il ne soit le créateur du pot de terre et non de cette fameuse bouteille de plastique ?

Commentaires
347

Meh, le 14 janvier 2013, à 18:59 :

Je fais aussi parti de ceux qui ont tout lu ? ;P
Sinon, Zola est le créateur de la bouteille de vin, tout le monde sais ça !

329

Mustache, le 4 janvier 2013, à 10:55 :

(Jean-Marie) "Mais cette bouteille vit-elle ?
Oui, car eau là.
L'eau-de-vie est toujours mieux que l'eau de là.
Et nous terminerons par cette maxime populaire : "Faites attention, car l'eau bue éclatte." De rire, assurément !"

Une connaissance qui m'a sorti cette phrase x)

301

Elven D. Moob, le 14 novembre 2012, à 15:48 :

J'ai été frappé par le titre et le texte a été surprenant lui aussi (positivement bien sûr). J'aime bien ton humour et ton style d'écriture, continue comme ça :-)

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Penseur, le 28 octobre 2012, à 20:14 :

Merci à vous deux :)

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Noro, le 28 octobre 2012, à 04:32 :

Je n'étais pas assez malin pour partir alors je l'est lu jusqu'au bout :P
Surprenant serait le premier mot qui me vient à l'esprit, j'aime le fond, j'aime la forme, surtout la forme (de la bouteille ?). Très plaisant à lire, merci Penseur pour ce beau moment de lecture !

274

Mustache, le 27 octobre 2012, à 22:29 :

Merveilleux texte, alliant subtilité et humour. Beaucoup de références et de clins d'oeil, qu'il est bon de saisir au premier passage, et de comprendre au second.

J'aime beaucoup ton style :)


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